À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, nous avons rencontré Paulin Bapolisi Bahuga, professeur à l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu. Témoins de cette période dès son enfance, il livre un regard à la fois personnel et critique sur les espoirs, les réussites et les échecs qui ont marqué le pays depuis 1960. Entre souvenirs familiaux, constats sur l’éducation et réflexions sur la responsabilité de l’élite intellectuelle, son témoignage éclaire les défis persistants de la nation congolaise.
Il se souvient de l’ambiance de 1960, alors qu’il n’avait que sept ans, « Nos parents criaient Uhuru wa Congo, sisi kwa sisi wa Kongomani. On sentait qu’un changement s’improvisait dans le pays. » L’indépendance signifiait pour beaucoup la fin du pouvoir colonial et l’espoir d’une gouvernance par des Congolais. Mais très vite, les difficultés sont apparues : départ massif des cadres européens, manque d’enseignants qualifiés, et désorganisation des institutions.
Sur le plan social, le professeur rappelle que les enseignants congolais étaient relativement bien considérés et que les familles vivaient de leurs productions locales. Mais après l’indépendance, la situation s’est progressivement dégradée : « Les affaires n’ont pas été bien organisées, la pauvreté s’est installée, et les salaires ont cessé de suffire. »
Concernant les réussites, il souligne l’expansion rapide de l’enseignement : de deux universités au départ, le pays en a vu naître une troisième dès les premières années, puis une multiplication des écoles. L’éducation est devenue un levier de promotion sociale, permettant à chaque famille d’avoir des intellectuels. L’économie aussi a connu un début de prise en main par les Congolais, même si la « zaïrianisation » de 1974 a fragilisé de nombreuses initiatives.
Cependant, la qualité de l’enseignement a baissé. Les enseignants n’ont plus bénéficié de recyclages réguliers, les inspections se sont relâchées, et l’éducation de masse a parfois produit des diplômés sans réelle compétence. « Beaucoup d’universités aujourd’hui n’ont pas de professeurs attitrés ni d’infrastructures adéquates », regrette-t-il.
Sur la responsabilité de l’élite intellectuelle, il est critique : « L’éducation n’a plus été une priorité. Les meilleurs diplômés se sont orientés vers la politique ou les affaires, laissant l’enseignement entre les mains de personnes parfois mal préparées. »
Comparant la RDC à des pays comme le Togo ou Madagascar, il note que là-bas, l’enseignement est mieux organisé, avec une sélection rigoureuse des enseignants et des élèves. Pour lui, l’éducation et la recherche scientifique devraient redevenir des priorités nationales, « L’éducation est le moteur du développement. Si on met l’accent sur l’école et la recherche, les choses peuvent redémarrer. »
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