Au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, la crise humanitaire s’aggrave de jour en jour. Les affrontements entre groupes armés et forces régulières ont déjà poussé plus de 850 000 personnes à quitter leurs villages, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Parmi elles, près de la moitié sont des enfants. Ces mineurs, censés grandir dans la sécurité et l’éducation, se retrouvent plongés dans un quotidien marqué par la peur, la faim et l’incertitude.
Les enfants représentent environ 35 % des déplacés dans la province, d’après OCHA. Privés d’école, exposés à la malnutrition et parfois recrutés de force par des groupes armés, ils deviennent les victimes invisibles d’un conflit qui ne cesse de s’intensifier. L’UNICEF alerte sur les violences sexuelles, les traumatismes psychologiques et la perte d’accès aux soins de santé et à l’eau potable.
Dans un camp, Aline, 12 ans, raconte qu’elle dormait sur le sol froid avec ses frères, « J’allais à l’école quand les combats ont commencé près de notre village. Nous avons fui sans rien emporter. Ici, je voudrais juste retourner en classe. » Jean-Pierre, père de trois enfants, explique que son fils de huit ans se réveille chaque nuit en hurlant, hanté par les images des hommes armés. Plus loin, Marie 15 ans, confie qu’elle a vu des filles de son âge emmenées par des combattants. Depuis, elle n’arrive plus à dormir.
Ces voix brisées révèlent une détresse profonde. Les enfants déplacés ne sont pas seulement privés d’école, ils souffrent de malnutrition, vivent dans des conditions sanitaires précaires et portent des traumatismes psychologiques qui risquent de les marquer à vie. Certains sont enrôlés de force dans des milices, devenant à la fois victimes et acteurs involontaires d’un conflit qu’ils ne comprennent pas.
Un ancien enfant soldat, entendu par le Conseil de sécurité de l’ONU, a résumé son cauchemar, « On m’a arraché à ma famille pour me donner une arme. Je demande que plus jamais un enfant ne vive cela. » Ses paroles résonnent comme un cri d’alarme, rappelant que derrière chaque chiffre se cache une vie suspendue.
La communauté internationale est appelée à agir. Les besoins sont immenses, abris, nourriture, soins médicaux, soutien psychologique et surtout un retour à l’éducation. Car si rien n’est fait, c’est l’avenir de toute une génération qui risque d’être sacrifié.
Le Sud-Kivu n’est pas seulement une zone de conflit, c’est un lieu où l’enfance disparaît dans le silence. Et ce silence, aujourd’hui, mérite d’être brisé.
Rédaction





