En République Démocratique du Congo, la jeunesse est souvent perçue comme un simple instrument au service des leaders politiques, plutôt que comme une force motrice du changement. Pourtant, les lois nationales et la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies reconnaissent leur droit à participer activement aux processus de paix et aux mécanismes de gouvernance. C’est dans ce contexte que l’organisation La Prunelle RDC a initié un atelier de réflexion et de formation, afin d’aider les jeunes à développer une stratégie de plaidoyer sur les questions clés liées à leur participation aux structures de prise de décision.
Selon Claudine Kitumaini, Coordinatrice exécutive de La Prunelle RDC, l’objectif de cette rencontre était de « donner aux jeunes les moyens de s’affirmer comme des acteurs incontournables dans la construction de la paix et la gestion des affaires publiques. » L’atelier visait à transformer les textes légaux et les engagements internationaux en réalités concrètes, en outillant les jeunes pour qu’ils puissent défendre leurs droits et occuper la place qui leur revient.
La journée a été structurée en deux grandes phases. La première a permis aux participants de s’approprier les notions générales du plaidoyer, en comprenant ses principes et ses outils. La seconde phase a été consacrée à l’élaboration d’un plan stratégique, avec la mise en place un comité de pilotage chargé de suivre les actions et d’assurer la cohérence des initiatives.
Le rôle de facilitateur a été assuré par Me Amato Ntabala, avocat au barreau du Sud-Kivu. Son expertise juridique a permis d’éclairer les jeunes sur les mécanismes légaux existants, tout en les aidant à identifier les failles dans leur application. Les échanges ont révélé que plusieurs lois censées protéger les droits des jeunes restent sans mesures d’application, ce qui limite leur efficacité. Les participants ont également dénoncé le manque de transparence dans les recrutements au sein des comités locaux de développement et de sécurité, ainsi que dans la fonction publique, où des postes réservés aux jeunes sont souvent attribués à des personnes plus âgées ou sur base de quotas politiques.
Face à ces constats, les jeunes ont formulé des stratégies concrètes entre autres, analyser les lois favorables à leur participation, identifier les mesures manquantes, élaborer des messages clairs à l’intention des décideurs et mener des plaidoyers ciblés auprès des ministères concernés. Ils ont également insisté sur la nécessité de renforcer leur solidarité, car dispersés, ils manquent de force pour résister aux élites qui refusent de céder la place.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Tufaulu Pamoja (« Réussissons ensemble »), dans sa deuxième phase, qui milite pour une participation proactive des femmes et des jeunes aux espaces de décision et aux processus de paix. Porté par le consortium La Prunelle RDC et l’Union des Jeunes Congolais pour le Changement (UJCC), et soutenu par CAFOD grâce à un financement de l’ambassade de Suède à Kinshasa, ce projet ambitionne de transformer la jeunesse congolaise de spectatrice en actrice, capable de défendre ses droits et de contribuer à l’avenir du pays.
Par Sylvie NABINTU





