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Kilimandjaro 2026 : dix ans de lutte, les femmes rurales d’Afrique exigent enfin 30% de pouvoir sur la terre

Dix ans après avoir gravi le toit de l’Afrique pour réclamer l’égalité foncière, les femmes rurales du continent se sont retrouvées à Arusha. Leur constat est amer, malgré des lois qui évoluent, la terre leur échappe encore sous la pression du climat, des mines et des coutumes.

C’est sur les pentes du Kilimandjaro que tout avait commencé. En 2016, plus de 400 femmes venues de 22 pays africains avaient entrepris une ascension symbolique de la plus haute montagne d’Afrique. L’objectif était de rendre visible une injustice invisible, l’exclusion des femmes rurales des décisions touchant leurs terres et leur vie. De cette mobilisation était née la Charte des revendications de Kilimandjaro, un texte fondateur de 15 revendications pour l’égalité des droits fonciers. Dix ans plus tard, du 14 au 16 octobre 2026, les femmes de l’Initiative Kilimandjaro se sont réunies à Arusha en Tanzanie pour célébrer cet anniversaire. Elles sont venues dresser un bilan, mais surtout renouveler un engagement.

Au cours de la dernière décennie, des avancées réelles ont été enregistrées et la Déclaration finale les salue. De plus en plus de femmes connaissent leurs droits et osent entreprendre des démarches pour sécuriser un titre foncier, parfois de manière conjointe avec leur époux. Elles ont forcé les portes des instances de décision de leurs communautés, ont fait évoluer des normes coutumières jugées intouchables et ont réclamé l’égalité en matière d’héritage. Sur le plan institutionnel, de nombreux pays africains ont revu leurs lois foncières et supprimé des dispositions ouvertement discriminatoires. Fortes de droits plus sûrs, beaucoup ont pu investir et renforcer leur autonomie économique. Pourtant, derrière ces progrès, la réalité reste précaire pour la majorité.

La Déclaration de Kilimandjaro 2026 dresse un constat alarmant. Le premier blocage demeure la gouvernance foncière. Les procédures d’enregistrement sont inefficaces, les documents fonciers inexistants et les lois modernes ne sont toujours pas harmonisées avec les pratiques coutumières. Surtout, les lois ne sont pas appliquées parce qu’elles ne sont même pas disponibles dans les langues locales et que les femmes n’ont pas accès à la justice pour défendre leurs droits. À cette faiblesse juridique s’ajoutent de nouvelles menaces qui pèsent sur les femmes. L’aggravation de la crise climatique dégrade les terres plus vite, avec des inondations et des sécheresses à répétition.

La Déclaration alerte sur un phénomène El Niño annoncé comme  le plus intense jamais enregistré entre 2026 et 2027, qui pourrait plonger des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. Or, les femmes rurales, premières gardiennes de la sécurité alimentaire, n’ont pas accès au financement climatique ni à des réparations pour les injustices historiques. L’autre menace est l’accaparement. La ruée vers les terres pour l’exploitation minière, l’agrobusiness et désormais les marchés du carbone se fait souvent au détriment des femmes. Les dirigeants traditionnels et les autorités locales mettraient des terres à disposition des investisseurs en négligeant totalement les droits fonciers des femmes. Une situation aggravée par l’intensification des conflits armés dans plusieurs pays du continent, qui jette les femmes hors de leurs terres.

Face à ce tableau, les femmes de Kilimandjaro ne veulent plus de simples consultations. Elles interpellent directement l’Union Africaine et les gouvernements. Elles demandent à l’UA de contraindre les États membres à publier des rapports publics sur les progrès accomplis et à leur demander des comptes. Leur revendication la plus forte est  de réserver au moins 30% des sièges des comités de développement rural de chaque pays membre aux agricultrices rurales et leur ouvrir les portes des comités de l’Union Africaine chargés de la paix, du climat et de l’autonomisation économique.

Aux gouvernements africains, elles demandent des actes concrets, traduire les lois foncières en langues locales dans des versions simplifiées, créer des mécanismes de justice alternatifs qui tiennent compte de l’égalité entre les femmes et les hommes et harmoniser enfin les politiques agricoles, climatiques et extractives qui s’entrechoquent au détriment des femmes.

Elles appellent enfin les partenaires au développement à changer de méthode en soutenant durablement les mouvements dirigés par des femmes plutôt que par des financements courts et précaires qui fragilisent leur combat. Dix ans après avoir conquis le Kilimandjaro, les femmes rurales africaines affirment que leur droit à la terre est un droit inhérent qui ne doit dépendre ni de leur genre, ni de leur état matrimonial, ni de leur âge. Elles poursuivent leur marche, mais cette fois, elles veulent être à la table où se prennent les décisions.

 

Cynthia B

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