Réunis en atelier les 22 et 23 octobre 2026, des acteurs de la société civile ont adopté une note de position appelant Kinshasa à soutenir un accord international fort et contraignant. La lutte contre la pollution plastique passe aussi par les négociations internationales. C’est dans cette optique que l’organisation Solidarité pour la Protection des Droits de l’Enfant (SOPRODE), avec l’appui de Global Alliance for Incinerator Alternatives (GAIA), a organisé un atelier de consultation, de renforcement des capacités et d’élaboration d’une stratégie collective de plaidoyer. La rencontre s’est tenue au Centre d’Accueil Protestant du Camp Nguba.
Au-delà du déchet visible : une menace sur tout le cycle de vie
Premier constat partagé par les participants, la pollution plastique ne se limite pas aux déchets visibles dans les rues, les cours d’eau ou le lac Kivu. Elle concerne l’ensemble du cycle de vie, depuis l’extraction des matières premières et la production jusqu’à l’utilisation et l’élimination.« Il faut comprendre que le plastique n’est pas un agent pathogène, mais ses conséquences sur la santé sont directes… Selon l’OMS, l’environnement est la quatrième composante de la bonne santé, avec la génétique, l’accès aux soins et le mode de vie. Or, les maladies d’origine chimique liées au plastique se soignent difficilement, pas avec des antibiotiques, et leurs conséquences sont parfois irréversibles », a expliqué Faustin Nyebone, Directeur exécutif national de l’AICED et expert en pathologie environnementale.
De l’extraction pétrolière au rayon des magasins, jusqu’à la gestion ménagère, le plastique libère en permanence des microplastiques et des additifs toxiques qui s’accumulent dans les sols agricoles et les chaînes alimentaires terrestre et aquatique. Les modes d’intoxication sont multiples, frottement des emballages sur la nourriture, secouage d’une bouteille d’eau minérale, exposition au soleil qui brise les liaisons entre monomères sous l’effet des ultraviolets.
Dans le sol, ces particules sont absorbées par les plantes via la sève et se retrouvent dans les fruits et légumes.« Notre corps est rempli de microplastiques. Des études montrent que nous ingérons environ cinq grammes par semaine », alerte l’expert.
Une étude intitulée Bio-surveillance of environmental pollutants in the population of Kinshasa a d’ailleurs révélé la présence de plastiques dans le sang de la population kinoise. Même danger dans les lacs, sous l’effet des UV, de l’eau et des sels minéraux, les additifs toxiques se dissolvent. Une pollution chimique qui échappe au traitement physico-biologique classique pratiqué dans plusieurs pays africains, faute d’analyse chimique qualitative et quantitative. Parmi ces additifs, les métaux lourds comme le plomb, utilisé comme stabilisant. « L’exposition au plomb, même à de faibles concentrations, entraîne des effets toxiques sur le système nerveux central, cardio-vasculaire, digestif, génital, sanguin, rénal et immunitaire », a-t-il souligné.
Construire un plaidoyer structuré
Au-delà du diagnostic scientifique, l’atelier a été un exercice pratique de plaidoyer. Les participants ont planché sur les enjeux du traité mondial, les impacts sanitaires, les liens entre plastique et énergies fossiles, et les moyens de renforcer la participation citoyenne. Un intervenant a rappelé les fondamentaux, « le plaidoyer est un ensemble d’actions organisées et correctement structurées pour convaincre le décideur de changer ou d’adopter une politique, une loi ou une pratique pour l’intérêt collectif ».
Une notion à distinguer de la plaidoirie, qui relève des cours et tribunaux, de la sensibilisation qui consiste à rendre sensible à un problème, du lobbying qui est une tactique de face-à-face discret dans les couloirs, ou encore de la négociation, où le diplomate marchande le texte sur le principe du gagnant-gagnant, comme c’est le cas à Genève face aux USA et à l’Arabie Saoudite.
Pour être efficace, un plaidoyer doit reposer sur cinq piliers SMART, une détermination claire du problème, une proposition de solution, une cible bien définie et un message percutant. Les stratégies impliquent de fixer des priorités, de créer des alliances et de choisir les bons canaux de communication.
Une note de position adressée à Kinshasa
À l’issue des travaux, les participants ont signé une note de position adressée au ministre chargé de l’Environnement. Le document appelle le gouvernement congolais à soutenir un traité mondial fort, ambitieux et juridiquement contraignant couvrant l’ensemble du cycle de vie des plastiques.
Les revendications sont claires entre autres la réduction de la production de plastique vierge, l’élimination progressive des produits les plus nocifs et évitables, la mise à disposition de financements et d’une assistance technique pour une mise en œuvre juste et efficace, participation pleine et entière des communautés touchées et de la société civile, ainsi que des règles transparentes, mesurables et assorties d’échéances précises.
Pour SOPRODE, cette consultation marque une étape importante pour structurer une stratégie collective, rapprocher les préoccupations communautaires des processus de décision et préparer des recommandations concrètes. L’enjeu est de taille à l’approche de la prochaine session de négociation du traité mondial contre la pollution plastique (INC-5.4), prévue du 13 au 24 mars 2027. La société civile congolaise entend y faire entendre la voix de communautés locales pour un accord qui protège durablement la santé humaine, l’environnement et les droits des communautés.
Par Cynthia B





