Femme

Cameroun : Chantale Colombe, « Le soin est une autre manière de chanter la vie »

Auteure du recueil Parfum divin et interprète du nouveau chant de reconnaissance Béni(e) Béni(e), Chantale Colombe revient sur son parcours entre musique, spiritualité et vocation du soin. Dans un Cameroun traversé par les débats sur les féminicides, elle explique pourquoi la santé des femmes reste, selon elle, une cause qui unit le corps et l’âme.

Life Infos : Vous venez de sortir Béni(e) Béni(e), un chant de reconnaissance. Qu’est ce qui a motivé ce titre à ce moment précis de votre parcours ?

Chantale Colombe : Ce chant est né d’un besoin sincère de dire merci, pour la vie, pour la santé, pour les épreuves traversées et surmontées. Je porte en moi l’idée que la reconnaissance soigne autant qu’elle console. Quand on a connu la maladie, la distance, l’exil, on apprend à mesurer chaque souffle comme une grâce. Béni(e) Béni(e) est une manière de partager cette gratitude avec celles et ceux qui traversent, eux aussi, des moments difficiles, et de leur rappeler qu’une bénédiction peut naître même au cœur de l’épreuve.

Life Infos : Vous menez de front une carrière artistique et une vocation dans le soin, en Allemagne. Comment ces deux engagements se nourrissent ils l’un l’autre ?

Chantale Colombe : Le chant et le soin partent, chez moi, de la même source. Prendre soin d’un corps fragile m’apprend l’humilité et l’écoute, deux qualités qui nourrissent aussi mon écriture et mon interprétation. Et inversement, la musique m’aide à traverser des journées de travail parfois lourdes, auprès de personnes vulnérables. Je ne sépare pas ces deux vocations, je les vis comme un seul appel à accompagner la vie, par la voix quand je chante, par les mains quand je soigne.

Life Infos : Le Cameroun traverse actuellement un débat difficile autour des féminicides. En tant que femme engagée dans le soin, quel regard portez -vous sur cette réalité ?

Chantale Colombe : C’est une douleur qui me touche profondément, comme femme, comme sœur, comme professionnelle de santé. Le soin m’a appris que la violence laisse des traces qui dépassent le corps, elle abîme aussi la confiance, la parole, le sommeil, la dignité. Je crois que les personnels soignants ont un rôle à jouer très en amont, en sachant reconnaître les signes de détresse, en offrant une écoute sans jugement, en orientant vers les structures d’accompagnement adaptées. La santé des femmes ne se limite pas aux consultations médicales, elle inclut leur sécurité et leur droit à vivre sans peur.

Life Infos : Où puisez-vous la force de tenir ces deux engagements exigeants, à distance de votre pays d’origine ?

Chantale Colombe : Dans ma foi, sans détour. Elle est le fil qui relie mes journées de travail, mes nuits d’écriture et mes moments de doute. Vivre loin du Cameroun m’a aussi appris à porter mes racines autrement, à travers les mots, les mélodies, les gestes de soin que je pose au quotidien. Je reste attachée à mon pays par le cœur, et chaque chant que j’écris est une manière d’y revenir, même de loin.

Life Infos : Quel message souhaitez vous adresser aux femmes camerounaises qui vous liront ou vous écouteront ?

Chantale Colombe : Que leur vie a de la valeur, entière, sans condition. Qu’elles méritent d’être écoutées, protégées et soignées, dans leur corps comme dans leur âme. Et que la bénédiction, comme le soin, commence souvent par un geste simple : se parler avec vérité, se tourner vers celles et ceux qui peuvent aider, refuser le silence qui isole. C’est ce que j’essaie de porter à travers Béni(e) Béni(e), une invitation à se relever ensemble.

 

Propos recueillis par Baltazar Atangana

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