Contribuer à la prévention de la justice populaire et des crimes de masse dans les communes de Kadutu, Ibanda et Bagira, en renforçant l’engagement citoyen et la responsabilité des cadres de base et des leaders communautaires. C’est l’objectif du forum communautaire organisé par le journal Le Souverain Libre, ce vendredi 23 octobre 2026 à Bukavu.
Dans son mot d’ouverture, la directrice éditrice du journal, Claudine Lunvi, a indiqué que ce forum se veut un espace pour clarifier le rôle et la responsabilité des chefs d’avenues, chefs de quartiers et leaders communautaires face à une foule en colère, notamment en matière d’alerte et de gestion des rumeurs. « Il s’agit également d’encourager la mise en place ou le renforcement des Cadres permanents de concertation sécuritaire (CPCS) au niveau des quartiers et des avenues. »
Intervenant principal du jour, le professeur August Watuta est revenu sur les causes et les conséquences de la justice populaire à Bukavu. Pour lui, la population ne devrait pas se rendre justice. « Dès qu’il y a un problème, on doit le référer aux instances habilitées. Lorsqu’on se rend justice soi-même, lorsqu’on prend quelqu’un supposé coupable et qu’on lui applique une peine qui n’a pas été vérifiée, il y a toujours des erreurs qui se commettent. Parfois, on s’en prend à un innocent à la place du vrai coupable et on lui inflige une peine disproportionnée », a-t-il expliqué.
Parmi les causes de ce phénomène, le professeur Watuta cite la méfiance de la population envers l’appareil judiciaire et les agents de l’ordre.« Quand la population n’a pas confiance en cette institution, elle se dit que si on y amène quelqu’un, le droit ne sera pas dit et la justice ne sera pas rendue. Elle préfère alors se rendre justice elle-même », a-t-il fait observer.
Sur le plan des conséquences, l’orateur a évoqué la désacralisation de la vie humaine et les risques de troubles psychologiques.« vu la dangerosité de la justice populaire, il est important que la population prenne conscience de la sacralité de la vie », a-t-il insisté.
Pour lui, les cadres de base et les leaders communautaires ont un rôle crucial à jouer, car ils sont en contact permanent avec la population.« C’est à eux d’être informés des causes et des conséquences de la justice populaire pour mener à leur tour des séances de sensibilisation et faire remonter les doléances de la population auprès des instances habilitées », a-t-il ajouté.
Pour lutter efficacement contre ce fléau, le professeur préconise avant tout de restaurer la confiance entre la population et ses autorités.« Il conviendrait que les cadres de base travaillent en collaboration avec les instances judiciaires, observent leur fonctionnement et fassent remonter les réclamations de la base pour restaurer cette confiance », a-t-il proposé.
Au nom des participants, Henriette Kamandizi, jeune leader communautaire, a salué la tenue de ce forum qu’elle juge utile, au regard des cas de justice populaire déjà enregistrés à Bukavu et qui causent malheureusement des pertes en vies humaines.« Je viens de participer à ce forum et j’ai retenu des éléments essentiels. Le plus capital est que la justice populaire est à bannir, à combattre et à éviter par tous les moyens, parce que non seulement elle crée des tensions et des violences entre communautés, mais c’est aussi une forme de traumatisme qui risque de détruire la génération future…après ce forum, je m’engage à faire la restitution à mes collègues pour que nous puissions ensemble prêcher la paix dans nos entités respectives », a-t-elle déclaré.
Elle a lancé un appel aux jeunes à devenir des artisans de paix, « La paix commence par chacun de nous, par l’amour de son pays et de son prochain pour favoriser la tranquillité ».
Signalons que ce forum s’inscrit dans le cadre du programme « Accès à l’information de qualité par le renforcement des compétences des journalistes professionnels et la création d’espaces d’interaction avec les gouvernants », mis en œuvre par Le Souverain Libre en consortium avec l’UNPC Sud-Kivu et l’UNPC Nord-Kivu, avec l’appui de la Coopération Suisse.
Par Cynthia B




