Le 25 janvier et le 14 février 2025, les villes de Goma et Bukavu, capitales du Sud et du Nord-Kivu, ont basculé sous le contrôle des rebelles de l’Alliance Fleuve Congo AFC/M23. Cet événement a marqué un tournant dramatique dans l’histoire de l’Est de la République Démocratique du Congo, plongeant des centaines de milliers de civils dans une crise humanitaire sans précédent.
Un an après la chute de Bukavu et de Goma, la vie des habitants reste marquée par la peur, la pauvreté et une résilience forcée. Les populations vivent dans une survie quotidienne, entre deuil, déplacements massifs et effondrement économique.
Une vie bouleversée
Depuis cette prise, la vie quotidienne des habitants s’est transformée en une lutte permanente pour la survie. Les marchés sont désertés, les banques fermées, et l’économie locale paralysée. Les familles, privées de revenus, improvisent des moyens de subsistance, troc, petits commerces clandestins, entraide communautaire. Les femmes, souvent en première ligne, portent le poids de cette précarité, cherchant chaque jour à nourrir leurs enfants dans un contexte où chaque repas est une victoire.
Les routes, désormais contrôlées par des milices, sont devenues synonymes de danger. Les déplacements se font dans la peur constante des patrouilles armées, des arrestations arbitraires et des violences.
Souffrances et traumatismes
La population vit dans un état de deuil permanent. Les combats ont laissé derrière eux des centaines de morts, et les survivants portent les cicatrices physiques et psychologiques d’une guerre qui ne cesse de raviver les blessures.
Les camps de déplacés, saturés par des milliers de familles ayant fui les violences, offrent des conditions de vie indignes, manque d’eau potable, pénurie de nourriture, absence de soins médicaux. Les enfants grandissent dans la faim et l’incertitude, tandis que les femmes et les jeunes filles restent exposées aux violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre. Chaque jour est marqué par l’angoisse, peur des représailles, peur de perdre un proche, peur de ne pas voir demain.
Résilience et espoir
Pourtant, au cœur de cette tragédie, la résilience du peuple congolais demeure. Les habitants s’organisent, partagent leurs maigres ressources, et inventent des formes de résistance culturelle et spirituelle. Des festivals, des chants, des prières collectives rappellent que l’identité et la dignité ne peuvent être effacées par la guerre. Les églises et associations locales jouent un rôle central, offrant un soutien moral et spirituel. La solidarité communautaire devient un rempart contre le désespoir, et la foi nourrit l’espoir d’un avenir meilleur.
La leçon d’une année de guerre
Aucune victoire militaire ne vaut le prix de la souffrance humaine. Elle nous rappelle que les armes détruisent les maisons, mais aussi les rêves ; qu’elles brisent les corps, mais surtout les âmes. La guerre a montré que la peur et la faim ne connaissent pas de frontières, mais que la solidarité, elle, peut traverser les murs les plus hauts.
Elle a enseigné que la dignité humaine ne peut être effacée, même dans les ténèbres, et que la résilience d’un peuple est plus forte que la violence qui cherche à l’écraser. La paix n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Elle est le seul chemin qui permet aux enfants de grandir sans cauchemars, aux femmes de vivre sans peur, et aux communautés de bâtir un avenir où l’espoir n’est plus une résistance, mais une évidence.
Par Sylvie NABINTU





