Environnement

Sud-Kivu : Le changement climatique, une réalité alarmante selon Innocent Bayubasire

Tout le monde parle aujourd’hui du changement climatique, mais beaucoup de personnes n’ont pas encore compris ce que cela signifie réellement dans leur vie de tous les jours. Pour répondre aux différentes questions des internautes, nous avons approché Innocent Bayubasire Bikaya, chef de bureau chargé de la conservation de la nature à la Coordination provinciale de l’environnement, du développement durable et de la nouvelle économie du climat au Sud-Kivu.

Selon lui, le changement climatique est un phénomène marqué par la modification durable de la température, des conditions météorologiques, de la pluie et du vent. Ces perturbations, observées sur une période d’au moins trente ans (30ans), sont largement provoquées par la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, issus principalement des activités humaines.

À Bukavu, les signes sont évidents. Les saisons ne suivent plus le rythme traditionnel. Autrefois, janvier était sec, mais il est désormais humide. En avril 2026, la ville a connu plus de deux semaines sans pluie, alors que ce mois était historiquement l’un des plus pluvieux. La saison sèche, qui durait deux mois (juillet et août), s’est transformée : les pluies s’étendent désormais sur juin et septembre, bouleversant le calendrier agricole. Les campagnes agricoles, autrefois lancées en septembre, doivent désormais attendre octobre.

La température illustre aussi ce bouleversement. Alors qu’elle ne dépassait pas 24°C, elle atteint aujourd’hui régulièrement 28 à 29°C. La chaleur persistante rend difficile l’identification des mois frais. En 2025, la saison sèche n’a pratiquement pas existé, avec des pluies continues en juillet et août. Pourtant, en juin 2026, un feu de brousse a été observé au parc national de Kahuzi-Biega, preuve de la variabilité extrême du climat. Autre signe inquiétant, les moustiques, autrefois absents sur les hautes altitudes, y prolifèrent désormais, augmentant les risques sanitaires.

Les conséquences sont multiples. Les feux de brousse détruisent les forêts et les réserves naturelles. Les canicules menacent la santé des enfants et des personnes âgées. Les maladies épidémiques et endémiques trouvent un terrain favorable. La perturbation des saisons entraîne une baisse de la production agricole, aggravant pauvreté et insécurité alimentaire. Les sources d’eau disparaissent : une enquête menée en 2015 entre Kamanyola et Uvira a révélé la disparition de plusieurs rivières et ruisseaux, une réalité toujours d’actualité. La biodiversité est également menacée, avec la disparition d’espèces animales et végétales liées au tarissement des cours d’eau.

Innocent Bayubasire souligne aussi les impacts sociaux : la modification des saisons qui perturbe les habitudes agricoles et fragilise les communautés rurales. Les familles qui dépendaient des récoltes régulières se retrouvent exposées à l’insécurité alimentaire. La pauvreté s’aggrave, car la baisse de production entraîne une hausse des prix sur les marchés locaux. Les migrations internes augmentent, certaines populations quittant leurs terres devenues improductives pour chercher de meilleures conditions ailleurs, ce qui accentue les tensions sociales.

Sur le plan écologique, la disparition des forêts et des cours d’eau entraîne une perte d’habitat pour de nombreuses espèces. Les incendies naturels, plus fréquents, détruisent des zones entières de biodiversité. La pollution de l’air, accentuée par l’usage massif du charbon de bois, contribue à l’émission de gaz à effet de serre et aggrave le phénomène.

Face à cette situation, Innocent Bayubasire appelle à des actions concrètes. La sensibilisation des communautés est essentielle pour réduire la pression sur les forêts et limiter les incendies. Le recours à des énergies durables comme l’hydroélectricité ou le solaire pourrait réduire la dépendance au charbon de bois et protéger les forêts, véritables puits de carbone. Vu ces problèmes Innocent BAYUBASIRE pense que le gouvernement doit mettre en place des programmes clairs de gestion des déchets, renforcer le reboisement et vulgariser les lois existantes sur la protection des forêts.

Il insiste également sur l’importance de l’éducation environnementale. Les écoles et universités devraient intégrer des modules sur le changement climatique afin de préparer les jeunes générations à adopter des comportements responsables. Les leaders communautaires et religieux, eux aussi, doivent jouer un rôle dans la sensibilisation et la mobilisation. Pour lui, le changement climatique au Sud-Kivu n’est plus une hypothèse mais une réalité tangible, aux conséquences graves sur l’environnement, la santé et la vie sociale. La réponse doit être collective, structurée et urgente, afin de préserver les générations futures.

 

Par Sylvie NABINTU

 

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