Dans de nombreuses familles congolaises, la paix repose sur une seule personne, la femme. Gardienne naturelle de la cohésion familiale, elle apaise d’instinct les tensions, trouve les mots justes après une dispute et recoud le lien entre un père et ses enfants ou entre des frères en conflit. Cette capacité d’écoute, de patience et de douceur semble si naturelle qu’on la considère comme allant de soi. Pourtant, sans elle, bien des familles s’effondreraient.
Agnès Sadiki, médiatrice, résume cette réalité en une phrase,« nous construisons des ponts là où les hommes construisent des murs ». Pour elle, quand un conflit éclate entre un père et un enfant, on fait appel à la maman. Quand des frères et sœurs ne se parlent plus, c’est encore elle qui intervient.
Elle en a fait l’expérience en août dernier. Deux voisins s’opposaient pour une limite de parcelle et l’affaire était déjà devant les autorités. Sa stratégie a été simple, les écouter séparément puis les réunir. Elle leur a dit qu’elle était malade. Touchés, ils sont venus lui rendre visite. Profitant de leur présence, elle a ouvert le dialogue. « Nous choisissons la voie de l’arrangement à l’amiable », ont-ils finalement décidé.
Chacun a reculé d’un centimètre, ils ont mis leurs moyens ensemble pour construire une canalisation d’eau et ont partagé un repas. Pour Agnès, ces petites réconciliations peuvent inspirer les grandes décisions au niveau provincial et national.
Ce rôle discret est confirmé par Caddy Adzuba, de la Coalition des femmes africaines médiatrices pour la paix. Selon elle, les femmes au foyer construisent des ponts et résolvent de nombreuses tensions, mais ce travail n’est pas reconnu dans les textes en RDC. Elles ne portent ni toge ni titre officiel, mais leur médiation de proximité empêche que de petits différends ne dégénèrent en violences. Pourtant, les tables de négociation restent majoritairement masculines. Il est temps de reconnaître que la paix commence à la maison, dans le quartier, et que là ce sont les femmes qui la portent.
Ce quotidien est celui de Maman Marie, 62 ans, mariée depuis 35 ans. Elle vit avec ses quatre enfants et les trois enfants que son mari a eus dehors. « Presque chaque jour, je dois résoudre des tensions. Mon travail, c’est de parler. Je dis à mes enfants, ce sont vos frères, le sang ne se jette pas. Je dis aux autres, je suis votre maman aussi. Quand mon mari veut s’énerver, je m’interpose. Si je ne fais pas ça, cette maison va s’écrouler », témoigne-t-elle.
Sur le plan juridique, ce rôle s’appuie sur l’article 14 de la Constitution qui consacre l’égalité, sur la loi 15/013 de 2015 sur la parité et sur la Résolution 1325 de l’ONU qui encourage la participation des femmes à la résolution des conflits. Mais, comme le souligne l’experte en leadership féminin Déborah, il n’existe pas de protection spécifique pour les médiatrices familiales. Les freins restent culturels, stéréotypes, dépendance économique et peur du jugement social.




