Environnement

Crises climatiques et accès à l’eau : une bombe silencieuse au Sud-Kivu

Le Sud-Kivu fait face à une urgence que beaucoup refusent encore de nommer avec lucidité, la crise climatique est en train de démanteler, lentement mais sûrement, les bases mêmes de l’accès à l’eau potable. Ce n’est pas une menace future, mais une réalité présente, systémique et silencieuse laisse entendre Bahati Dieudonné Mpadwa expert en Wash Eau, hygiène et assainissement

Dans une province où les communautés dépendent majoritairement des sources naturelles, le dérèglement climatique agit comme un accélérateur de fragilité. Les sécheresses prolongées tarissent les sources, réduisent les débits et obligent des milliers de ménages à parcourir des distances toujours plus longues pour accéder à une eau souvent insalubre. À l’inverse, les inondations de plus en plus fréquentes contaminent ces mêmes sources, détruisent les infrastructures WASH et favorisent la résurgence des maladies hydriques, notamment le choléra.  

Le constat est sans appel,  » notre modèle actuel de gestion de l’eau n’est plus adapté. Continuer à investir dans des infrastructures non résilientes, sans intégrer les dynamiques climatiques, revient à construire des solutions déjà obsolètes » ajoute Bahati Dieudonné Mpadwa 

L’eau, enjeu vital de santé et de stabilité

Ce qui est en jeu dépasse largement la simple question de l’accès à l’eau. Il s’agit de santé publique, de dignité humaine, de cohésion sociale et même de sécurité. Là où l’eau disparaît ou devient impropre, les tensions communautaires émergent, les inégalités se creusent et les crises humanitaires s’installent durablement. 

Il est temps d’opérer un véritable changement de paradigme. Cela suppose d’intégrer l’approche WASH-climat dans les politiques publiques et projets de développement. Les systèmes d’approvisionnement doivent être conçus pour résister aux chocs climatiques, grâce à la protection et la recharge des sources, au captage amélioré, au stockage stratégique et à la diversification des points d’eau.  

La résilience exige également de replacer les communautés au cœur des solutions. Les réponses technocratiques, souvent déconnectées des réalités locales, ont montré leurs limites. Les mécanismes communautaires de gestion, d’alerte et de protection des ressources en eau sont indispensables pour garantir une appropriation durable.  

Un autre levier essentiel est le renforcement de la gouvernance et de la redevabilité. Les financements existent, mais leur impact reste trop souvent dilué. Il est impératif d’exiger des résultats mesurables, transparents et durables.  

Pour l’expert Bahati Dieudonné Mpadwa, le Sud-Kivu doit cesser d’être uniquement perçu comme un territoire vulnérable. Il peut devenir un laboratoire d’innovations WASH adaptées aux contextes fragiles, inspirant des réponses à l’échelle nationale et internationale. 

La crise climatique ne nous laisse plus le choix. Soit nous anticipons et transformons nos systèmes d’accès à l’eau, soit nous continuerons à gérer des urgences de plus en plus fréquentes, coûteuses et meurtrières.  

Le moment est venu d’agir avec lucidité, courage et responsabilité. L’eau ne doit pas devenir le prochain front invisible de nos crises.  

 

Par Sylvie Nabintu 

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