Femme

Ce diplôme me rappelle que notre travail n’a pas été vain: Annie Binja distinguée pour son engagement en faveur de la paix

Au Sud-Kivu et en RDC, les femmes et les jeunes filles sont au cœur des crises. Elles subissent les conflits, l’insécurité et les inégalités, mais elles sont aussi celles qui soignent, qui enseignent, qui dialoguent, qui reconstruisent et qui maintiennent la cohésion sociale dans leurs communautés.

LifeInfos fait de la question des femmes une priorité éditoriale. Non pas pour parler des femmes à leur place, mais pour leur donner l’espace de parler de leurs combats, de leur leadership et de leur vision. C’est dans cette démarche que nous avons rencontré Annie Binja, jeune femme engagée pour la paix, récemment distinguée par un diplôme d’honneur et de mérite.

Entretien: 

Q. Qu’est-ce que ce diplôme représente pour vous personnellement et pour votre combat en faveur de la paix ?

R. Ce diplôme d’honneur et de mérite me touche profondément. Il me rappelle que le travail accompli, parfois dans des conditions difficiles et sans visibilité, n’a pas été vain. Je le reçois avec gratitude, mais aussi avec un grand sens des responsabilités. Cette reconnaissance renforce mon engagement à poursuivre, aux côtés des femmes et des jeunes du Sud-Kivu, la construction d’une paix dans laquelle chacun peut vivre en sécurité, être entendu et participer aux décisions qui le concernent.

Q. Quels défis avez-vous rencontrés en tant que femme engagée dans la promotion de la paix ?

R. Le premier défi a souvent été de devoir prouver que ma parole avait sa place. Parce que je suis jeune, il arrive que l’on sous-estime mon expérience ou que l’on pense que je n’ai rien à apporter. En tant que femme, je rencontre aussi des attentes et des jugements qui peuvent limiter la place qu’on m’accorde dans les espaces de décision. Pourtant, mon travail sur le terrain m’a appris que le leadership se construit par l’écoute, la constance et les actes. Ces obstacles m’encouragent à ouvrir davantage d’espaces aux autres jeunes femmes.

Q. Selon vous, quelle est la place des jeunes femmes dans les processus de paix et de sécurité aujourd’hui ?

R. Les jeunes femmes ont une place essentielle. Elles connaissent les réalités de leurs communautés, subissent directement les conséquences des conflits et prennent déjà des initiatives pour protéger, rassembler et soutenir les autres. Au Sud-Kivu, je les vois contribuer aux dialogues communautaires, à la prévention des violences et à la cohésion sociale. Il faut qu’elles puissent aussi participer à la définition des priorités, aux négociations et au suivi des décisions. Leur expérience et leurs propositions doivent compter à chaque étape.

Q. Comment les programmes intergénérationnels auxquels vous avez participé ont-ils enrichi votre travail pour la paix ?

R. Les échanges intergénérationnels m’ont permis d’écouter les parcours des femmes qui se sont engagées avant nous : leurs réussites, les obstacles qu’elles ont rencontrés et les choix qu’elles feraient autrement. J’y ai trouvé des conseils précieux pour mon propre engagement. Ces rencontres m’ont aussi montré l’importance de transmettre ce que nous apprenons aux plus jeunes. Quand les générations travaillent ensemble, nous pouvons éviter de répéter certaines erreurs et construire des initiatives de paix plus solides, ancrées dans l’expérience de nos communautés.

Q. Quels sont les principaux obstacles qui freinent encore la participation des femmes aux tables de décision ?

R. Il y a d’abord les préjugés qui présentent encore la paix et la sécurité comme des affaires réservées aux hommes. Il y a aussi le manque d’accès à l’information, aux ressources et aux réseaux où se prennent les décisions. Pour beaucoup de femmes, les responsabilités familiales, l’insécurité et le coût des déplacements compliquent également la participation. Enfin, être invitée à une réunion ne signifie pas toujours pouvoir influencer son résultat. Il faut donner aux femmes les moyens de participer pleinement et tenir compte de leurs propositions dans les décisions prises.

Q. Que signifie pour vous la devise « Rien sur la paix sans les femmes » dans le contexte du Sud-Kivu et de la RDC ?

R. Pour moi, cette devise signifie qu’aucune réponse durable aux conflits ne peut être construite en écartant celles qui en vivent les conséquences et qui agissent chaque jour pour leurs communautés. Au Sud-Kivu, les femmes soutiennent les familles déplacées, accompagnent les survivantes de violences, préviennent les tensions et maintiennent le dialogue même dans les moments les plus difficiles. Elles doivent pouvoir prendre part aux décisions sur la sécurité, la justice, la reconstruction et l’avenir de leurs communautés. « Rien sur la paix sans les femmes », c’est reconnaître leur travail et leur donner un véritable pouvoir d’agir.Donner de la visibilité au travail des femmes leaders, questionner les obstacles qui freinent encore leur 

 

Propos recueillis par Cynthia B

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