C’est mon ami, collègue et aîné Baltazar Atangana qui m’a fait découvrir « Hdh ou Fdf ? », la dernière nouvelle de l’abbé et écrivain Jean-Pierre Noël Batoum. Dans un pays où les violences faites aux femmes se discutent souvent entre femmes, ce texte choisit un angle rare, celui des hommes qui décident, entre eux, de ne plus fermer les yeux. Un mari violent y est puni non par la loi, mais par le regard de ses propres collègues.
Caca frappe sa femme. Ce n’est pas une supposition ni une scène suggérée en creux. Le livre s’ouvre là-dessus, sans détour, avec un dialogue tendu entre lui et Coco, son beau-frère et DRH dans la même entreprise. La discussion vire vite au malaise. Caca minimise, parle de « quelques gifles de temps en temps », se dit victime d’une épouse « têtue ». Coco, lui, refuse le confort de la banalisation. Cette scène d’ouverture pose d’emblée les deux camps qui vont structurer tout le récit, les hommes qui frappent et se justifient, et les hommes qui refusent de couvrir.
Une punition sociale plus que judiciaire
Le choix narratif de Batoum est celui d’une justice qui ne passe ni par le tribunal, ni par la police, ni par une plainte. La sanction vient du groupe. Caca est mis en quarantaine par ses collègues. On ne le salue plus, on esquive son bureau, on le traite de « Fdf », une insulte qui ne se comprend qu’à la fin du récit. L’auteur construit une mécanique d’isolement social minutieuse, d’abord l’indifférence, puis l’évitement, puis le vide total autour de cet homme qui devient, selon les mots du texte, « un cadavre ambulant ». Cette lente déchéance montre, sans discours, ce que le mépris des pairs peut faire à un homme habitué à imposer sa force.
C’est aussi là que le livre prend une dimension particulière pour le Cameroun d’aujourd’hui, où les violences basées sur le genre restent trop souvent une affaire privée, réglée en famille ou étouffée par honte. Batoum déplace la responsabilité vers les hommes eux-mêmes, ceux qui entourent l’auteur des violences, ceux qui savent et se taisent d’habitude. Le silence des collègues, des amis, des frères, devient lui aussi une forme de complicité.
Hdh contre Fdf, la ligne de fracture du livre
Le titre trouve tout son sens dans les dernières pages. Coco et ses amis appartiennent aux « Hdh », les Hommes d’honneur, une communauté informelle qui refuse la brutalité des « Fdf », les Forts devant les femmes. La formule est habile, presque un slogan, et donne un nom, presque un mouvement, à une posture masculine qui reste rare dans la fiction camerounaise. Le livre se referme sur la rédemption de Caca, sa prise de conscience, sa promesse d’épouser enfin sa compagne et de la traiter avec dignité. Cette issue porte une intention pédagogique assumée, montrer qu’un changement est possible dès lors que l’entourage refuse de fermer les yeux.
On sent, à la lecture, la patte d’un auteur qui écrit depuis longtemps. Batoum, déjà connu pour ses recueils de poésie que j’espère lire bientôt, car je sais que Baltazar ATANGANA, qui s’intéresse particulièrement à cet auteur, a du goût littérairement parlant, « Yààni » et « Révolution » ainsi que pour « Le Silence des hommes », garde ici une écriture sobre, des dialogues secs qui portent le récit sans fioriture. Le format court, une vingtaine de pages, sert bien le propos, pas de place pour la démonstration, tout passe par les scènes et les silences entre les personnages.
J’ai aimé, en refermant ce livre que Baltazar m’a transmis, savoir qu’il est proposé en accès libre. À l’heure où le Cameroun cherche des réponses à un fléau persistant, il est précieux qu’un texte pareil circule sans barrière, et puisse atteindre le plus grand nombre de lecteurs, hommes et femmes.
Le livre est disponible ici : https://drive.google.com/file/d/1aSsDqP_cO0PLvcwhzHbEXrV_KtHoF0bC/view?usp=drivesdk
Mélissa Awana





