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France: JJ Du Style, l’héritier qui habille la rue

Franco-camerounais installé en France, Joseph-Marie Ayissi Nga a transformé l’atelier paternel en une marque qui porte l’Afrique jusque sur les podiums.

Il s’appelle Joseph-Marie Ayissi Nga mais dans le monde de la mode, on le connaît sous un autre nom. JJ Du Style, ou parfois « l’ange de la mode ». Né à Yaoundé le 3 février 1984, il a grandi entre les tissus et les patrons de son père, Ayissi Nga Pierre Célestin, couturier respecté dans les années 1980. C’est là, tout jeune, que le goût du vêtement bien taillé s’est installé en lui.

Une marque née d’un parc et d’un lion

En 2005, il crée sa propre ligne, Wazal. Le nom n’est pas choisi au hasard. Il assemble Waza, un parc naturel du Cameroun, et la lettre L pour lion, animal symbole du pays. D’un côté le respect du territoire, de l’autre la puissance de l’animal. C’est cette double idée qui porte la marque depuis vingt ans.

Un an plus tard, ses premiers modèles trouvent leur public. Des artistes comme Singuila, Alpeco ou Wayne Beckford portent ses créations et font connaître Wazal bien au-delà du Cameroun. Le styliste se perfectionne ensuite à l’école de mode Vanessa Ruiz à Paris, où il approfondit la confection, le modélisme et le prototypage. Il s’y spécialise notamment dans les vestes smoking, dont la première version voit le jour en 2013.

Son style, il le décrit comme du street chic. Un univers fashion sport, dit-il, mêlant coton, jean, wax, cuir et fourrure synthétique, dans des couleurs qui reviennent souvent chez lui, le noir, l’orange, le bleu, l’écru. Cette recherche constante de matières et de motifs lui a valu une nomination aux Beffta Awards de Londres en 2016.

Raconter l’Afrique par la bande dessinée

Ayissi Nga ne s’arrête pas au vêtement. Il travaille depuis plusieurs années à une bande dessinée, La légende de Wazal, un conte situé dans un village imaginaire du Nord Cameroun. À travers cette histoire, il dit vouloir montrer la région du bassin du Lac Tchad, ses paysages, ses coutumes, ses étoffes et ses coiffures. Une manière de prolonger sur papier ce qu’il fait déjà avec le tissu, transmettre une culture plutôt que simplement l’illustrer.

Interrogé sur ses sources d’inspiration, il ne s’en cache pas. C’est l’Afrique entière qui nourrit son travail. Il explique piocher ce qui l’intéresse dans ce continent pour en tirer quelque chose de nouveau.

Il s’inscrit ainsi dans la lignée d’autres figures camerounaises de la mode, comme Imane Ayissi ou Martial Tapolo, dont les parcours ont ouvert la voie à une nouvelle génération de créateurs. Comme eux, il refuse de choisir entre racines et modernité. Ses coupes se veulent futuristes, ses matières restent africaines, et c’est précisément cette tension qu’il cultive.

Aujourd’hui, alors que Wazal continue son chemin et que la bande dessinée avance, Joseph-Marie Ayissi Nga reste fidèle à l’idée qui a guidé tout son parcours. Pour lui, un vêtement n’est jamais seulement un vêtement. Il porte toujours une histoire, celle d’un père couturier, d’un pays, et d’un continent qu’il continue de faire voyager à travers ses créations.

 

Léandre WAMA

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