À Bukavu, dans la commune d’Ibanda, la pénurie d’eau potable s’aggrave depuis le mois de juin. Plusieurs quartiers de la ville sont touchés, mais la situation est particulièrement critique dans le quartier Ndendere où des avenues entières vivent sans eau courante depuis des semaines. La ville de Bukavu connaît depuis plusieurs années des interruptions fréquentes de la desserte en eau potable. Les causes sont multiples, vétusté des installations de la REGIDESO, croissance démographique rapide, urbanisation non planifiée et pollution des sources naturelles.
Dans certains quartiers périphériques, les robinets restent secs pendant des jours, obligeant les habitants à recourir à des sources non protégées ou au lac Kivu. Cette pénurie chronique accentue les inégalités sociales. Les familles aisées achètent de l’eau auprès des revendeurs, tandis que les plus pauvres n’ont d’autre choix que de consommer une eau insalubre.
Dans le quartier Ndendere, les avenues Mukukwe, Muhungu, Kibombo, Mbaki et bien d’autres sont les plus touchées. Trouver de l’eau potable est devenu un véritable parcours du combattant. Femmes et enfants se lèvent avant l’aube pour parcourir de longues distances, bidons jaunes sur la tête, à la recherche de quelques litres d’eau.
Cette corvée quotidienne les expose à l’insécurité et à des risques sanitaires graves. « Vraiment nous souffrons beaucoup avec cette pénurie. Depuis le mois de juin, nous ne voyons pas d’eau couler dans nos robinets. Nos enfants commencent déjà à souffrir de maux de ventre et de diarrhée. Si rien n’est fait, le choléra va tous nous attraper », témoigne Francine Bakari, habitante de l’avenue Kibombo.
Lors d’un entretien que nous a accordé le médecin Joseph Baraka, celui-ci a exprimé son inquiétude face à la consommation d’eau souillée. « Utiliser de l’eau souillée, c’est introduire directement le poison dans son propre corps et celui de ses enfants. Le risque majeur reste évidemment le choléra et la fièvre typhoïde. Chez un enfant en bas âge, une personne âgée ou une femme enceinte, les diarrhées et vomissements peuvent entraîner une déshydratation mortelle », a-t-il expliqué.
Le médecin a également rappelé que se laver avec de l’eau contaminée provoque des infections cutanées et gynécologiques, aggravant ainsi les risques pour la population. Les statistiques de la Division provinciale de la santé (DPS) du Sud-Kivu sur le choléra couvrent la période de janvier à mai 2026. Le rapport publié le 2 juin 2026 indique un cumul de 6 494 cas suspects et 80 décès, soit un taux de létalité de 1,2 % selon Actualités.Cd
Le corps médical insiste sur des mesures de survie à domicile. Faire bouillir l’eau pendant au moins cinq minutes avant consommation, se laver les mains avec du savon après les toilettes et avant de manipuler les aliments, et surveiller les symptômes tels que diarrhée, fièvre et douleurs abdominales afin de consulter rapidement un centre de santé.Les habitants de Ndendere et d’autres quartiers de Bukavu lancent un cri d’alarme aux autorités locales et provinciales. Ils demandent une intervention urgente pour rétablir la desserte en eau potable et mettre fin à une crise qui menace la santé publique et la dignité humaine.
Contactez, la direction provinciale de la Régideso au Sud-Kivu explique que la pénurie d’eau qui frappe la ville de Bukavu est du à une situation de triage observée au niveau de la rivière Murhundu, principale source d’approvisionnement. Cette baisse du débit a entraîné une réduction significative de la production journalière de l’usine. « Nous connaissons une triage très prononcée au niveau de la rivière Murhundu où notre production journalière a chuté d’au moins 10 000 mètres cubes. Nous sommes passés de 32 000 mètres cubes produits quotidiennement à environ 22 000 mètres cubes. Injecter un flux de 10 000 mètres cubes qui n’existe pas crée nécessairement une perturbation au niveau de la desserte », a déclaré Salumu Mwamba Frank, directeur technique de la Régideso/Sud-Kivu.
Pour faire face à cette crise, la Régideso affirme recourir à une distribution sectorielle, alimentant la ville de Bukavu par axes afin de répartir équitablement les faibles quantités disponibles. Le directeur technique appelle la population à la patience, assurant que des processus techniques sont en cours pour rétablir la situation. Selon lui, « d’ici deux semaines, le problème devrait être réglé ».
Par Nathalie SIMBEKO





