L’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Bukavu a ouvert, mardi 28 juillet 2026, un atelier de recherche et de mobilisation des connaissances. Cette rencontre vise à créer un espace de dialogue scientifique et de concertation entre les acteurs du système éducatif. L’objectif est d’examiner la pertinence du manuel de formation initiale des enseignants en période de crise et de conflit, de recueillir les avis des parties prenantes et de préparer les conditions nécessaires à sa mise en œuvre dans les ISP du Sud-Kivu.
Le professeur Samuel Matabishi Namashunju, enseignant à l’ISP Bukavu et directeur du projet GPE, explique que l’atelier sert aussi à recueillir les perceptions, les expériences et les recommandations des participants. Ces contributions permettront d’approfondir la compréhension des enjeux liés à l’adoption du manuel, dans le cadre d’une enquête qualitative prévue ultérieurement.
Selon lui, cette rencontre est un espace privilégié de réflexion et de partage. Elle permet de présenter les résultats du projet, de soumettre le manuel à une validation scientifique et pédagogique, de valoriser les pratiques innovantes déjà mises en place dans les écoles comme les dispositifs de soutien psychosocial et les cellules d’écoute, et de définir une stratégie concertée pour son intégration dans les ISP du Sud-Kivu.
Le professeur Matabishi Namashunju Samuel précise que l’atelier s’inscrit dans un projet international consacré à la mise à l’échelle d’un module de formation initiale des enseignants en période de crise. Ce projet est coordonné en RDC par l’ISP Bukavu, en partenariat avec l’Institute of Development Studies (IDS) de l’Université de Sussex au Royaume-Uni, et bénéficie du financement du Partenariat mondial pour l’éducation – Knowledge and Innovation Exchange (GPE-KIX), soutenu par le gouvernement du Canada.
L’élément nouveau de ce manuel est qu’il aborde directement la question des conflits en classe et dans ses environs. « depuis l’existence de la RDC, les conflits sont devenus de plus en plus présents, mais on n’en parlait jamais ouvertement dans les écoles. C’était un sujet tabou. Nous voulons en faire un cours, afin que les futurs enseignants soient capables de gérer les conflits dans leurs classes, leurs écoles et leurs communautés. Le conflit peut partir de nous-mêmes, nous ne devons pas nous taire, nous devons agir », souligne le professeur Matabishi Namashunju Samuel.
Il rappelle que les systèmes éducatifs évoluent aujourd’hui dans des environnements complexes, marqués par des crises multiples, conflits armés, déplacements forcés, catastrophes et fragilités socio-économiques. Dans ce contexte, l’éducation est souvent l’un des secteurs les plus touchés, alors qu’elle constitue un facteur essentiel de protection, de résilience et de reconstruction sociale. Ces crises perturbent l’accès à l’école, compromettent la continuité des apprentissages, affectent la qualité de l’enseignement et exposent enseignants comme élèves à des expériences pouvant avoir des effets durables sur leur bien-être psychosocial.
Dans son exposé sur la paix et les conflits, le professeur Sheria Nfundiko Justin, sociologue à l’Université Officielle de Bukavu et membre du Centre de recherche sur la paix et les conflits dans la région des Grands Lacs, a détaillé les trois parties du manuel. La première aborde les bases théoriques de la paix et des conflits, la culture de paix et l’éducation en situation de crise. La deuxième traite de la résolution des conflits, en mettant l’accent sur le dialogue, la médiation et la négociation. La troisième se concentre sur les aspects psychologiques, notamment le bien-être des enseignants et les problématiques liées aux traumatismes.
Lors des échanges, les participants ont exprimé leur souhait de voir ce manuel être intégré rapidement dans le cursus des ISP de la RDC. À la fin de l’atelier, une déclaration de Bukavu a été annoncée pour marquer l’engagement collectif en faveur de cette initiative.
L’atelier a réuni les principaux acteurs concernés par la formation initiale des enseignants, l’éducation en contexte de crise et de conflit, ainsi que la mise à l’échelle des innovations pédagogiques dans les institutions de formation. La composition des participants répond à une logique de mobilisation des connaissances visant à mettre en dialogue différents types de savoirs : les connaissances scientifiques produites par la recherche, les connaissances professionnelles issues des pratiques institutionnelles et les connaissances expérientielles développées par les acteurs de terrain.
Les participants ont été regroupés en trois grandes catégories complémentaires. La première catégorie est celles des producteurs des connaissances, acteurs directement impliqués dans la production, l’analyse et la diffusion des connaissances scientifiques relatives au projet. Parmi eux, figurent les chercheurs impliqués dans le projet international de recherche sur la mise à l’échelle du Manuel de formation initiale des enseignants en période de crise et de conflit, les représentants scientifiques de l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu.
La deuxième catégorie concerne celle des médiateurs de connaissances. Cette catégorie regroupe les acteurs institutionnels chargés de faciliter l’appropriation, l’adaptation et l’intégration des connaissances produites dans les politiques et pratiques de formation des enseignants. Elle comprend notamment, les directeurs généraux et directeurs des Instituts Supérieurs Pédagogiques ; les secrétaires généraux académiques ; les directeurs des études ; les chefs de section et responsables des départements concernés par la formation des enseignants ; les inspecteurs de l’enseignement ; les représentants des autorités éducatives ; les préfets des écoles d’application pédagogique.
La troisième catégorie est celle des utilisateurs et acteurs de terrain. Elle regroupe les acteurs qui sont directement concernés par la mise en œuvre des approches proposées dans le manuel ou qui disposent d’une expérience pratique des réalités éducatives en contexte de crise. Elle comprend notamment : les enseignants des Instituts Supérieurs Pédagogiques, les enseignants des cours de Valeurs et symboles de la République, les enseignants de français ; les enseignants d’éducation civique et morale ; les directeurs de discipline des écoles secondaires, les responsables et enseignants des écoles d’application pédagogique,les gestionnaires scolaires ; les représentants des établissements ayant développé des dispositifs de cellules d’écoute et de soutien psychosocial ; les représentants des communautés éducatives. Le rôle de cette dernière catégorie consistait à apporter leurs expériences professionnelles, leurs observations et leurs propositions afin de favoriser une contextualisation pertinente du manuel.
Les participants sont venus de la ville de Bukavu et de cinq autres territoires accessibles du Sud-Kivu : ISP Kalehe (territoire de Kalehe), ISP Walungu (Territoire de Walungu) ; ISP Idjwi (Territoire d’Idjwi) ; ISP Kabare (Territoire de Kabare) ; ISP Kaziba (Territoire de Walungu).
Par Sylvie NABINTU





