La République démocratique du Congo célèbre ce 30 avril la Journée nationale de l’enseignement, une date instituée pour honorer les enseignants, piliers de la société et bâtisseurs de l’avenir. Déclarée chômée et payée, cette journée devrait être un moment de reconnaissance et de valorisation. Pourtant, dans l’Est du pays, et particulièrement à Bukavu, elle se vit davantage comme un rappel des difficultés persistantes que traverse le corps enseignant.
La Journée nationale de l’enseignement est censée être une fête. Elle met en avant le rôle fondamental des enseignants dans la formation des générations et dans la consolidation de la nation. Dans les grandes villes, des cérémonies officielles sont organisées, des discours prononcés, et des hommages rendus. Mais derrière les festivités, la réalité quotidienne des enseignants reste marquée par la précarité.
Bukavu : un miroir des difficultés de l’Est
À Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, les enseignants vivent dans des conditions particulièrement difficiles. Les salaires oscillent entre 90 à 150 dollars américains, une somme dérisoire face au coût de la vie. Les retards de paiement sont fréquents, et beaucoup travaillent sans couverture médicale ni logement décent.
La comparaison avec les revenus des députés nationaux, cette inégalité illustre l’ampleur des inégalités. Pour un enseignant de Bukavu, il faudrait plus de vingt ans de salaire pour atteindre le montant que reçoit le.deputé. Cette disproportion nourrit un sentiment d’abandon et de mépris.
Dans l’Est, l’insécurité aggrave la situation. Les déplacements de populations, les attaques armées et l’instabilité perturbent la continuité pédagogique. Les enseignants doivent souvent travailler dans des conditions précaires, parfois sans infrastructures adéquates, et avec des classes surchargées.
Les réformes annoncées en 2026
Le gouvernement congolais a annoncé plusieurs mesures censées améliorer la situation. La mise à la retraite progressive de 43 000 enseignants sur deux ans, avec indemnités de sortie prévues dans le collectif budgétaire, devrait permettre de rationaliser les effectifs. En parallèle, 3 000 nouveaux enseignants ont été intégrés sur la liste de paie de l’État dès avril 2026, afin de réduire le nombre de professeurs travaillant sans rémunération.
Une extension de la gratuité de l’enseignement au secondaire est également prévue, après sa mise en œuvre au primaire depuis 2019. Enfin, une nouvelle stratégie sectorielle 2026-2030 vise à améliorer la soutenabilité financière et renforcer la qualité de l’éducation.
Ces réformes sont ambitieuses sur le papier, mais leur mise en œuvre reste incertaine. À Bukavu, beaucoup doutent de leur impact réel, craignant que les promesses ne se traduisent pas en améliorations concrètes.
Les réformes annoncées contrastent fortement avec la réalité vécue par les enseignants de Bukavu. Les salaires demeurent bas et irréguliers, les conditions sociales précaires, et la gratuité de l’enseignement au primaire reste fragile, les parents étant souvent sollicités pour suppléer aux manques. Les classes sont surchargées, et le manque de personnel qualifié persiste.
Ainsi, la Journée nationale de l’enseignement, censée être un hommage, devient un moment de revendication et de dénonciation des inégalités. Les enseignants de Bukavu rappellent que sans dignité et reconnaissance, leur mission de former les générations futures est compromise. “Nous aimons notre métier, mais nous ne pouvons pas continuer à travailler dans la misère. Nos enfants méritent mieux, et nous aussi”, confie un enseignant de Bukavu.
Rédaction





