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Hommage à Byamungu Mugisho dit Americano : un modèle de courage et de simplicité

Perdre une icône, c’est voir s’éteindre une étoile qui illuminait nos vies. Le monde musical de Bukavu est en deuil : l’artiste Byamungu Mugisho, connu sous le nom d’Americano, a quitté la terre  des ancêtres le 21 avril à l’âge de 43 ans. Né le 2 août 1983, il laisse derrière lui une œuvre immense et une empreinte indélébile dans l’histoire du rap swahili et de la musique congolaise.

Americano fut un créateur hors pair, un compositeur dont les chansons ont bercé et inspiré toute une génération. Dès sa première apparition en 2004, il a su capter l’attention des mélomanes et se bâtir une solide réputation. Porte-voix des sans‑voix, il abordait avec courage les réalités sociales et les défis qui freinent le développement de la société.

Sa disparition laisse un vide immense. L’Union des Musiciens du Congo (UMICO), section Sud‑Kivu, par la voix de son président Roland Mitrailleuse, exprime sa profonde tristesse d’avoir perdu un combattant et un vaillant défenseur de la musique bukavienne.

Son parcours artistique s’est affirmé dès 2005, au moment où la révolution du rap swahili tanzanien s’imposait face au ndombolo. Americano, avec son équipe et des figures légendaires telles que Big A, Mamale, Bratherchris, Bulls Super Star, Mzee Kweety, PK, Dj Gayt et bien d’autres, porta la responsabilité de défendre la scène locale. Il devint le symbole de la révolution du rap à l’Est de la RDC, dans un contexte marqué par l’insécurité et les turbulences. Sa mission était claire, chanter malgré les épreuves, unir les jeunes autour de la culture et donner espoir à une communauté en quête de résilience.

Grâce à lui, le rap swahili s’est enraciné à Bukavu. Ses œuvres, empreintes de thématiques sociales et de valeurs morales, ont sensibilisé les masses et accompagné la jeunesse dans sa quête d’identité. Mzee Kweety le décrit comme un grand leader, formateur et légende, humble et simple malgré sa célébrité. Americano collaborait avec tous, sans discrimination, et ouvrait des portes aux jeunes talents. C’est ainsi qu’il a formé Afande Ready Ready, aujourd’hui une autre figure emblématique.

Pour Alphonso MLG, ex‑SM Show, Americano fut un grand frère, un conseiller sage et une source d’inspiration. Il a marqué l’histoire de groupes et collectifs tels que BK Stars, Fira Boys, Kweety Club, Niger Power, BK Wanted, BK Unit, Wise Men, Bada Boom, Wise Killers et bien d’autres.

Parmi ses œuvres marquantes, citons Kazi ni Kazi, qui rivalisa avec le groupe tanzanien TMK de Mr Temba, et Rushwa, produite en période post‑électorale pour interpeller la conscience citoyenne et encourager des choix politiques responsables.

La mort d’Americano est une perte douloureuse, mais elle doit aussi être une source d’encouragement pour les générations futures : ne jamais baisser les bras, rester forts d’esprit et défendre la culture. Car un peuple sans culture est un peuple sans histoire.

Pour lui rendre hommage, une messe artistique est prévue le samedi 25 avril au Centre Delia Ndaro Art Culture, dans la commune d’Ibanda. Ce sera une soirée de recueillement, d’expression artistique et de célébration de la vie et de l’héritage d’Americano.

Americano restera à jamais un modèle de résilience, un artisan de la musique bukavienne et un phare pour la jeunesse. Que son âme repose en paix.

 

Par Sylvie Nabintu

 

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