Elles reboisent, sensibilisent, s’adaptent , et pourtant elles ne reçoivent presque rien. Une étude menée par Women and Climate Action dans six pays d’Afrique centrale et de l’Ouest révèle que 93,3 % des organisations féminines n’ont jamais accédé à un financement climatique structuré. Un constat qui interpelle, à l’heure où les fonds climat se multiplient sur la scène internationale.
Réalisée entre octobre 2025 et mars 2026 auprès de plus de 100 associations au Bénin, au Mali, en RDC, au Cameroun, au Congo et au Sénégal, l’étude dresse un tableau sans ambiguïté. Même quand elles agissent en première ligne face au changement climatique, les associations féminines locales restent largement exclues des mécanismes de financement internationaux.
L’expert en genre, changements climatiques et développement Baltazar Atangana, qui a présenté les résultats, est catégorique : cette exclusion ne tient pas à un manque de compétences ou d’engagement, mais à un décalage profond entre les exigences des bailleurs et les réalités du terrain. « Les mécanismes sont calibrés pour des projets de plusieurs millions, portés par des institutions déjà accréditées », explique-t-il.
Des portes fermées avant même d’avoir frappé
Procédures complexes, exigences techniques élevées, audits financiers stricts, montants minimums prohibitifs, les critères d’accès au financement climatique forment un ensemble de verrous qui écartent systématiquement les petites structures locales. Sur le terrain, les besoins sont pourtant concrets et les demandes raisonnables : les associations réclament des enveloppes de 10 000 à 100 000 euros, accompagnées de procédures allégées et de délais adaptés.
Silenou Blondel, expert en finance climatique, rappelle que le financement climatique désigne « l’ensemble des mécanismes financiers, qu’ils concernent l’adaptation ou l’atténuation, mobilisés pour lutter contre le changement climatique ». Une définition qui, en théorie, devrait inclure les initiatives locales. En pratique, il n’en est rien.
Actives sur le terrain, invisibles dans les bilans
Avec des budgets annuels souvent inférieurs à 5 000 euros, les organisations féminines continuent de reboiser, pratiquer l’agriculture durable, sensibiliser les communautés et conduire des projets d’adaptation climatique. Leur engagement démontre un rôle stratégique dans la résilience locale, mais aussi une forme d’invisibilité institutionnelle persistante que l’étude cherche précisément à briser.
Pour Marie Claire Ntsama, présidente de Women and Climate Action, l’objectif est limpide « militer en faveur des associations féminines à travers le plaidoyer afin de faciliter leur accès aux financements des bailleurs ».
Un fonds régional genre-climat comme levier de sortie
L’étude identifie un ensemble d’obstacles interdépendants : manque d’information, capacités techniques limitées, lourdeur administrative et inadaptation des financements disponibles. Ces contraintes s’alimentent mutuellement, enfermant les organisations dans un cercle d’exclusion. « L’exclusion n’est pas liée à leur capacité d’agir, mais à la rigidité des mécanismes financiers », insiste Baltazar Atangana.
Parmi les recommandations formulées, une mesure se détache : la création d’un fonds régional dédié au genre et au climat, adossé aux grands fonds internationaux. Avec des enveloppes adaptées et des procédures allégées, ce mécanisme viserait à « donner de l’oxygène aux initiatives locales » et à reconnaître concrètement le rôle des femmes dans la gouvernance climatique.
Justice climatique : remettre les femmes au centre
Au-delà des aspects techniques, la question du financement des organisations féminines renvoie à un enjeu fondamental : celui de la justice climatique. Parmi les populations les plus exposées aux effets du dérèglement climatique, les femmes demeurent paradoxalement les moins soutenues financièrement. Rééquilibrer l’accès aux ressources devient donc une exigence d’équité, autant qu’une nécessité stratégique.
L’étude de WOCA ne se veut pas un simple constat. Elle ambitionne de devenir un levier d’action capable d’influencer les politiques publiques et de pousser les bailleurs à repenser leurs mécanismes. Comme le conclut Baltazar Atangana : « La résilience se construit dans les villages, avec des moyens adaptés et accessibles. »
Par Agnès Cyrille Nkolo





