Politique

Le retard du Dialogue Inclusif en RDC : entre espoirs et inquiétudes, quelles pistes pour une paix durable ?

La République Démocratique du Congo se trouve à un tournant décisif de son histoire. Alors que les conflits armés persistent, que les tensions politiques s’exacerbent et que la crise humanitaire s’aggrave, le Dialogue Inclusif attendu par les Congolais tarde à se concrétiser. Ce retard, loin d’être neutre, suscite à la fois des opportunités de réflexion et des inquiétudes profondes. La Coalition Paix-Peace, réunissant des acteurs sociaux de la RDC et de la diaspora, a tenu une réunion pour analyser m cette situation . A l’issue de cette rencontre virtuelle plusieurs recommandations ont été formulée à tous les acteurs au niveau national et international pour transformer cette attente en une véritable opportunité de refondation nationale.  

Les recommandations pour relancer le processus de paix

La société civile est appelée à jouer un rôle central. Elle doit renforcer son contrôle citoyen face aux discours contradictoires du Gouvernement et des groupes armés, clarifier ses positions et proposer des alternatives crédibles. L’appropriation communautaire des processus de paix est essentielle parce que  sans elle, les initiatives resteront perçues comme imposées de l’extérieur.  

Le Gouvernement, quant à lui, doit passer de la parole aux actes. Les recommandations déjà formulées doivent être appliquées avec rigueur. La coalition avec les églises, notamment la CENCO et l’ECC, doit être consolidée afin de donner plus de poids aux messages des leaders religieux. L’inclusivité réelle du processus est une exigence, toutes les parties prenantes, y compris celles longtemps marginalisées, doivent être associées.

La mise en place d’un mécanisme neutre de facilitation et de médiation est indispensable, tout comme une campagne nationale de sensibilisation qui rappelle que ce dialogue est avant tout citoyen et non une copie des initiatives externes.  

Le Parlement doit, de son côté, assumer pleinement son rôle de contrôle. Sa visibilité est aujourd’hui faible, ce qui fragilise la confiance des citoyens. Une commission d’enquête sur les violations des droits humains et les arrestations arbitraires est nécessaire pour restaurer la crédibilité institutionnelle. La défense des libertés publiques et du pluralisme politique doit être au cœur de son action, car l’unité nationale ne peut se construire par la répression mais par le respect de la loi.  

Pour ces acteurs deux résolutions sont cruciales dont l’organisation d’un sondage national pour recueillir la volonté réelle de la population, et la création d’une Commission de suivi des accords et initiatives de paix, composée de médiateurs congolais et régionaux, avec un mandat consultatif auprès des facilitateurs désignés. 

Le contexte du retard du Dialogue Inclusif

Ce retard n’est pas sans effets. Il a permis une meilleure connaissance des accords de Doha et de Washington et favorisé une décrispation progressive du climat politique soulignent les acteurs de la société civile dans sa diversité.

Mais les inconvénients sont nombreux. Sur le plan social, le Pacte Social reste peu approprié par les communautés, les cessez-le-feu unilatéraux ne rassurent pas, et les alliances opportunistes entretiennent une instabilité permanente. Les atrocités se poursuivent dans plusieurs régions, la misère et l’insalubrité persistent, et la population perd confiance dans des processus perçus comme tournés vers l’extérieur.  

Sur le plan politique, les arrestations arbitraires et la méfiance entre acteurs nourrissent la peur et l’insécurité. Le risque de radicalisation est réel, tandis que les discours sur un éventuel changement de Constitution alimentent les doutes sur la tenue des élections.  

Sur le plan diplomatique, les engagements pris ne sont pas respectés, fragilisant la crédibilité des mécanismes internationaux. La fermeture des frontières avec le Burundi illustre ces blocages.  

Sur le plan économique, l’exploitation des mines continue au détriment du développement local, les promesses de valorisation du sol et du sous-sol tardent à se concrétiser, et les détournements des deniers publics persistent. 

La Coalition Paix-Peace rappelle que la paix durable en République Démocratique du Congo ne peut être construite sans l’adhésion des communautés, la transparence des processus et l’inclusivité de toutes les forces vives de la Nation. Le retard du Dialogue Inclusif, s’il a permis une certaine prise de conscience, accentue néanmoins les souffrances et les frustrations.

Il est urgent de transformer cette attente en une opportunité réelle de refondation citoyenne et nationale, afin que la paix ne soit plus un horizon lointain mais une réalité vécue par chaque Congolais.

 

Par Sylvie NABINTU 

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