Environnement

Changement climatique : une menace pour la biodiversité au Sud-Kivu

Le changement climatique bouleverse profondément la biodiversité mondiale. Mais au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, ses conséquences sont déjà visibles, les forêts s’appauvrissent, les gorilles de montagne voient leur habitat se réduire, et les communautés locales perdent des ressources vitales.  

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2023), l’augmentation des températures et la multiplication des événements climatiques extrêmes perturbent les écosystèmes et menacent la survie de nombreuses espèces. Les forêts tropicales, essentielles à la régulation du climat, sont particulièrement vulnérables. Le WWF (2022) rappelle que l’Afrique centrale perd chaque année des milliers d’hectares de forêt, accentuant la fragilité des espèces qui y vivent.  

Le cas du Sud-Kivu : les gorilles en première ligne

Au Sud-Kivu, le Parc national de Kahuzi-Biega illustre cette crise. Les gorilles de plaine orientale et de montagne, déjà menacés par le braconnage et la déforestation, subissent désormais les effets du climat. Des chercheurs de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN, 2021) montrent que les changements de température et de précipitations modifient la végétation dont ces gorilles dépendent. Leur survie est compromise par la raréfaction des plantes nourricières et la fragmentation de leur habitat.  

Le climat imprévisible décale la floraison des plantes et la reproduction des animaux. Les pollinisateurs ne trouvent plus les fleurs au bon moment, ce qui fragilise la chaîne alimentaire. Dans les océans, l’acidification met en péril les espèces marines, affectant directement la pêche et la sécurité alimentaire, comme le souligne la FAO (2020).  

Biodiversité et vulnérabilité socio-économique

La crise écologique au Sud-Kivu est aussi une crise sociale. Les forêts fournissent du bois, des plantes médicinales et des ressources alimentaires aux populations locales. Mais les sécheresses prolongées et les pluies irrégulières réduisent la fertilité des sols et les rendements agricoles. Selon l’ICCN (2021), cette dynamique crée un cercle vicieux, plus le climat se dégrade, plus la biodiversité est exploitée, et plus les écosystèmes deviennent vulnérables.  

La disparition progressive de certaines espèces végétales et animales menace également les savoirs traditionnels. L’UICN (2022) rappelle que la biodiversité est un pilier de l’identité culturelle et de la résilience des peuples. Enfin, le PNUE (2020) avertit que la compétition pour l’accès aux terres fertiles et aux ressources naturelles peut exacerber les tensions sociales dans des régions déjà fragiles.  

La conservation et la restauration des habitats naturels sont indispensables. Protéger les forêts du Sud-Kivu, c’est protéger à la fois les gorilles et les communautés humaines. La réduction des émissions de gaz à effet de serre passe par une transition énergétique et des pratiques agricoles durables. La mobilisation communautaire, déjà amorcée par des associations locales, doit être renforcée pour sensibiliser et impliquer les populations. La coopération internationale, à travers la Convention sur la diversité biologique (2022), doit soutenir les efforts locaux.  

Le changement climatique n’est pas seulement une crise environnementale,  c’est une crise de survie pour la biodiversité et pour les populations qui en dépendent. Au Sud-Kivu, les gorilles du parc national de Kahuzi-Biega incarnent bien plus qu’une espèce à protéger, ils sont le miroir de la responsabilité collective face à un climat en crise. Leur survie est intimement liée à celle des forêts qui régulent l’eau, l’air et les sols dont dépendent les communautés humaines. Chaque arbre abattu, chaque habitat fragilisé, c’est une part de notre avenir qui s’effrite. Agir dès maintenant n’est pas seulement une urgence écologique, c’est un impératif moral et social, préserver les gorilles, c’est préserver la dignité des générations futures et la stabilité des sociétés locales.  

 

Par Sylvie NABINTU 

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