Près de 76 000 personnes déplacées vivent actuellement dans le site de Plaine Savo, à proximité de Fataki, en Ituri. Fuyant les violences armées, elles se retrouvent confinées dans des conditions insalubres, privées de moyens de subsistance et exposées à de graves menaces sanitaires.
Antoinette, 60 ans, témoigne, « Nos maisons ont été incendiées. Le jour où nous sommes partis, il y avait des tirs partout. Certains ont été tués, d’autres violés ou enlevés. Jusqu’à aujourd’hui, nous ne savons pas où se trouvent ceux qui ont disparu. » Originaire de Bule, elle a été déplacée de force à deux reprises. Comme des milliers d’autres, elle s’est installée près d’une base militaire ougandaise, espérant y trouver protection. Mais les conditions de vie restent dramatiques , abris de fortune, surpopulation et peur constante d’être attaqué en sortant du camp.
Depuis décembre, seules deux distributions alimentaires ont eu lieu. « Les vivres sont épuisés et nous attendons toujours la prochaine distribution. Nous n’avons presque rien à manger et les enfants souffrent. La vie ici est très dure », confie Antoinette.
Face à cette détresse, Médecins Sans Frontières a ouvert en février un poste de santé. Alphonsine, infirmière superviseure, raconte, « La diarrhée, la gale et la fièvre typhoïde se propageaient rapidement à cause du manque d’eau propre. Depuis que MSF est ici, le nombre de décès a vraiment diminué. » Le centre prend en charge les soins généraux, pédiatriques, maternels et mentaux, ainsi que les cas de violences sexuelles et de malnutrition. Chaque mois, environ 60 survivantes de violences sexuelles y sont traitées, et chaque semaine, sept blessés par balles ou armes blanches sont admis.
Pour les cas graves, MSF a obtenu l’autorisation d’évacuer les patients vers l’hôpital général de Fataki, à 15 km. Cette mesure a permis de réduire drastiquement les décès maternels. Mais l’épidémie d’Ebola, déclarée en mai, a aggravé la situation. Trente-six cas confirmés ont été admis à l’unité de traitement de Fataki, et trois cas ont déjà été détectés à Plaine Savo. « Les abris sont collés les uns aux autres. Si la maladie arrive ici, les gens pourraient mourir en masse », alerte Alphonsine.
Les équipes de MSF ont construit 311 latrines et distribuent de l’eau par camion-citerne, en attendant la finalisation de neuf forages. Mais les besoins restent immenses : nourriture, articles de première nécessité et protection contre les abus. « C’est la pire situation humanitaire que j’ai vue depuis des années », témoigne Trish Newport, coordinatrice des urgences de MSF. « Pour préserver la vie et la dignité des personnes déplacées, la réponse humanitaire doit être renforcée d’urgence. Cela signifie davantage d’acteurs sur le terrain, avec une plus grande capacité d’intervention. »
Plaine Savo incarne aujourd’hui la fragilité extrême des populations déplacées en Ituri, enfermées dans un camp surpeuplé, dépendantes d’une aide insuffisante, et menacées à la fois par la faim, les violences et les épidémies.
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