Dans le nord-est de la République démocratique du Congo, la province de l’Ituri est de nouveau plongée dans la violence. Depuis la reprise des affrontements entre la Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la RDC (FARDC) fin 2025, les civils paient un lourd tribut. À Bule, épicentre des combats, les bilans sont déjà dramatiques : au moins 40 morts et 42 blessés recensés en trois mois. Les témoignages de Patrick, grièvement touché au genou, et d’Augustine, blessée en fuyant avec son fils, incarnent la brutalité d’un conflit où les populations sont assimilées à des combattants et prises pour cible.
Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF), présentes à Fataki et dans les camps de Plaine Savo, soignent chaque jour des victimes de balles, de violences sexuelles et de traumatismes liés aux déplacements. « Protéger les populations est une obligation. Aujourd’hui, les armes parlent fort, et les souffrances ne cessent de s’aggraver », alerte Sylvain Groulx, chef des programmes MSF en Ituri.
Des déplacements massifs et un système de santé à genoux
La crise humanitaire atteint une ampleur inédite. Plus de 920 000 personnes sont déplacées dans la province, dont 100 000 au premier trimestre 2026. Les camps débordent, les conditions d’hygiène sont désastreuses et les maladies comme le choléra se propagent. À Fataki, la moitié des centres de santé ont fermé, laissant des milliers de personnes sans accès aux soins. MSF tente de combler les manques : plus de 10 000 consultations ont été réalisées depuis février, mais l’insécurité empêche de nombreux patients de se rendre dans les structures, surtout la nuit.
Au-delà de la santé, les besoins en nourriture, eau et abris sont immenses. L’insécurité bloque l’acheminement de l’aide. Judith, déplacée dans le camp de Fataki, témoigne : « Nous souffrons beaucoup ici parce qu’il n’est pas possible de trouver de la nourriture. Aller aux champs est trop dangereux. Ce dont nous avons le plus besoin, c’est de vivres. » Les familles survivent dans des conditions extrêmes, exposées aux épidémies et à la faim.
Le manque de financement international accentue la crise. MSF continue d’assurer des soins d’urgence, mais plaide pour une mobilisation rapide et coordonnée. « Sans une réponse dans les secteurs de la santé, de la sécurité alimentaire et de l’eau, la situation risque d’empirer », avertit Sylvain Groulx.
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