Pour comprendre les réalités du changement climatique au Sud-Kivu, nous avons approché l’activiste et militant pour la justice sociale et climatique, Darcin Basirwa. Selon lui, Bukavu et ses environs vivent déjà les conséquences directes et indirectes de ce phénomène : la montée et la baisse des niveaux des lacs entraînant des inondations meurtrières, la perte des terres arables due à la désertification, ainsi que des crises humanitaires liées aux pluies diluviennes.
Interview:
- Est-ce qu’on peut aujourd’hui parler du changement climatique à Bukavu, au Sud-Kivu ? Si Oui, quels sont les signes ?
Réponse : Oui Madame Sylvie, Bukavu et le Sud-Kivu en général vivent déjà les manifestions du changement climatique de manière direct et indirect ; tenez la montée ou la baisse du niveau du Lac Kivu et les autres lacs du Rift Est Africain ce qui conduit respectivement à l’inondation des infrastructures côtières ; le cas typique nous allons prendre le cas de la crue du Lac Tanganyika à Uvira qui a déjà causé des déplacements massifs des populations mais aussi le cas dramatique de l’inondation dans les Kalehe vers Nyamukubi en Mai 2023 et les pluies diluviennes à Bushushu en fin 2025 causant plusieurs morts et déplacées voire une crise humanitaire, à la perte de la biodiversité marine avec la baisse du niveau de l’eau pendant les saisons sèches sévères.
On peut aussi parler de la perte des terres arables notamment dans le territoire de Kabare où l’improductivité des denrées alimentaires de première nécessité se fait sentir davantage pour cause du phénomène de la désertification et la perte des zones humides.
- Comment le changement climatique affecte-t-il les écosystèmes locaux notamment le Lac Kivu et les forêts du Sud-Kivu ?
Réponse : Madame, le changement climatique est un phénomène global qui ne connait pas les limites territoriales et ses manifestions n’affectent pas toutes les régions du monde de la même manière mais les conséquences sont partagées ; j’en veux pour exemple la montée du niveau de la mer affecte aussi la montée du niveau de l’eau dans le Lac Kivu et régionalement dans le Rift Est Africain et crée ces dégâts que j’ai mentionné dans ma réponse à la première question (cfr question 1). Les conséquences qui sévissent localement sont induis par ce dérèglement au niveau global.
Ce même dérèglement de la hausse de la température, de la sècheresse des zones humides mais aussi les actions humaines (comme l’exemple de l’extractivisme des ressources naturelles minières et pétrolières, mais aussi gazières dans le Lac Kivu) voire aussi la hausse de la démographie et donc un accroissement des besoins en énergie ; tout ceci est la somme de pression qui est exercé sur les écosystèmes du Sud-Kivu et dont les manifestations réelles de la destruction seront visibles dans les jours à venir, pas plus de 20 ans
- Quels effets le changement climatique a-t-il sur l’agriculture et la sécurité alimentaire dans la province du Sud-Kivu ?
Réponse : comme je vous l’ai dit madame, la perturbation des saisons et la désertification des terres agricoles ou arables qui ont commencé timidement au Sud-Kivu et dans le bassin du Congo de manière générale se trouvent être déjà un problème majeur dans les pays du sahel et ont affecté gravement l’agriculture et ainsi la sécurité alimentaire. Pour le cas du Sud-Kivu, j’ai fait allusion aux champs dans le territoire par exemple de Kabare qui se dessèchent suite des fortes saisons d’ensoleillement mais aussi l’inondation qui n’épargne pas les terres agricoles ; tout ça joue dans la chute de la production agricole et avec elle la sécurité alimentaire s’effrite et se sent déjà puisque malheureusement aussi nous mangeons ce que nous ne produisons pas. Il faut aussi indiquer que nous n’y faisons pas face efficacement vue notre modèle agricole qui est encore artisanal voir rudimentaire et ne suit pas l’évolution démographique de nos villes et cités et pire encore de la mauvaise gouvernance.
- Quelles sont les conséquences du changement climatique sur la santé des populations locales (maladies liées à l’eau, vagues de chaleur, etc…) ?
Réponse : Le changement climatique exerce une forte influence sur la santé humaine en créant un écosystème favorable à la propagation des agents causaux de certaines maladies ; notamment le paludisme avec la création d’environnement propice pour leur prolifération ; les maladies hydriques comme le choléra et diarrhée ; la pollution de l’air conduisant à l’accroissement des affections pulmonaires,… heureusement pour nous au niveau du bassin du Congo ne connaissions pas encore des chaleurs extrêmes qu’on va appeler des canicules qui sont cauchemardesques pour les personnes en âge avancé.
- Quelles stratégies d’adaptation les communautés locales pourraient mettre en place pour faire face aux effets du climat ?
Réponse : Ici on va parler de faire une agriculture responsable qu’on va appeler l’agroécologie ; intégrer des écogestes dans nos habitudes aux quotidiens comme planter les arbres ou bien encore la gestion responsable de nos déchets plastiques ou bien encore la bonne gestion de nos déchets ménagers…
Mais au-delà de ça la grande responsabilité revient premièrement, aux grandes industries multinationales qui faisant recours aux énergies fossiles polluent beaucoup plus davantage et ironiquement pour faire bénéfice, ce sont des entités ultra capitalistes ; deuxièmement, les locateurs au pouvoir qui pour leurs intérêts et pour d’autre leur maintien au pouvoir hypothèquent le bien-être de nos communautés locales et autochtones. Vous avez madame l’Afrique à elle seule pollue à hauteur de 4% à l’échelle mondiale mais est parmi les premières victimes des pertes et dommages de ce changement climatique et pire pour les populations locales des pays comme la RDC qui n’ont pas de mécanisme de riposte.
La grande solution aujourd’hui au changement climatique c’est la transition énergétique c’est-à-dire sortir de l’utilisation massive du pétrole et du gaz et basculer vers les énergies vertes dit énergies renouvelables notamment l’hydroélectrique, les batteries rechargeables à Lithium et cobalt, l’éolien, le solaire, le nucléaire.
6. Quelles politiques publiques devraient être renforcées pour mieux lutter contre le changement climatique au Sud-Kivu ?
Réponse : Au niveau local, il faut assoir des bonnes politiques d’exploitation des bois pour la production de l’énergie consommée dans les ménages avec pour objectif de réduire la pression sur l’exploitation du parc mais aussi les autorités provinciales doivent construire des infrastructures efficientes pour électrifier davantage le ménages et ainsi réduire le recours aux braises.
Au niveau national, c’est ici que se joue les grandes décisions la valorisation de nos ressources naturelles du Bassin du Congo premier grand puits naturel du carbone devant l’Amazonie avec un taux de séquestration de 1.7 du CO2 ; ceci devrait être un levier de taille pour la mobilisation du financement climatique lors des conférences des parties (COP) pour la RDC et qui doit bénéficier au développement de ces infrastructures auxquelles j’ai fait allusion, puis que de toute évidence il n’est pas possible d’impulser un quelconque développement sans l’Energie et les infrastructures adéquates pour faire face de manière efficace par exemple sur l’insécurité alimentaire dont on a parlé ici.
Propos recueillis par Sylvie NABINTU




