Face aux défis écologiques qui menacent la République Démocratique du Congo et la province du Sud-Kivu en particulier, le journaliste environnemental Patric Makiro a rappelé la nécessité d’un journalisme environnemental rigoureux, capable d’informer, d’enquêter et d’expliquer.
La conférence a été organisée dans le cadre du Projet PNKB en pétrole, des voix en action, une initiative de la chercheuse Nicole Menemen et appuyé par le Pulizer Center, à l’intention des étudiants. Devant un auditoire attentif, il a d’abord structuré sa définition de l’environnement autour de trois missions fondamentales du journaliste. Informer, c’est décrire l’état de l’eau, de l’air, de la forêt et du sol, là où les gens vivent. Enquêter, c’est chercher les causes, les responsabilités et les intérêts qui se cachent derrière une pollution ou une déforestation. Expliquer, c’est relier la nature à la santé, à l’économie, à la sécurité et aux droits des communautés.
Plusieurs questions ont été abordées au cours de la conférence, notamment le journalisme environnemental en RDC et au Sud-Kivu, les raisons de s’y engager face aux enjeux mondiaux, les sujets de réflexion à travailler ensemble et l’appel à choisir ce métier. À partir de cartes présentant des problèmes écologiques, le conférencier a interrogé l’assistance sur les défis environnementaux de la province, en posant notamment cette question : « Quand avez-vous lu pour la dernière fois un reportage sur la rivière de votre quartier ? »
Patric Makiro a ensuite présenté les quatre principales menaces environnementales qui pèsent sur la province. Il a d’abord évoqué la question de la forêt et du bois énergie, en expliquant qu’autour du Parc National de Kahuzi-Biega, le charbon de bois, le bois de chauffe, les cultures et l’afflux des déplacés font reculer la forêt. Il a ensuite parlé des mines, en montrant que les rivières colorées ou asséchées et les maladies liées à l’eau en témoignent, en particulier les rivières proches des sites miniers. Il a également évoqué la situation du Lac Kivu et de la ville de Bukavu, où les rivières, dont la Kahwa, servent d’égouts à ciel ouvert et se jettent dans le lac. Enfin, il a abordé la question de la terre et de la survie, en rappelant qu’avec un relief montagneux, peu de terres arables et une forte population, la pression vient aussi de la survie quotidienne.
Face à ces défis, Patric Makiro a invité les étudiants à choisir le journalisme environnemental, en s’appuyant sur trois raisons. La première est le droit à l’information, parce que l’eau, l’air, la terre et la santé des habitants dépendent de décisions que peu de médias expliquent. La deuxième est la fonction de contre-pouvoir, car dans les domaines des mines, des concessions, des fonds et du climat, il faut suivre l’argent et les décisions, comme l’a fait le média Ebuteli pour le FONAREDD. La troisième est l’opportunité de carrière, car des bourses, des prix et des formations existent déjà, notamment le Rainforest Journalism Fund, le concours Forêts et les formations soutenues par RSF.
La conférence s’est achevée par un appel clair : face aux urgences climatiques mondiales, il ne suffit plus de constater. Il faut choisir de raconter, de vérifier et de décider.
Par Nathalie Simbeko





