Environnement

Bukavu face à la crise de la pollution plastique

La ville de Bukavu, forte de plus d’un million d’habitants, est aujourd’hui confrontée à une prolifération inquiétante des déchets plastiques. Les ménages en sont la principale source, mais les commerces, les marchés et certaines industries contribuent également à cette pollution. Lors d’un entretien avec Ladislas Witanene acteur de la société civile environnementale du Sud-kivu renseigne que l’absence de systèmes efficaces de gestion des déchets, la croissance démographique rapide, la faible sensibilisation de la population et le manque d’implication des autorités locales aggravent la situation.  

Les conséquences sur l’environnement sont déjà visibles. Le lac Kivu, véritable poumon économique et écologique de la région, est envahi par des bouteilles et autres plastiques charriés par les caniveaux ajoute Ladislas Witanene. Cette pollution perturbe la croissance des poissons, réduit la productivité halieutique et entrave le trafic des bateaux ainsi que les activités des centres hydroélectriques de la Ruzizi ajoute-t-il. Les microplastiques et substances toxiques libérés contaminent l’eau, menaçant la faune aquatique et la santé humaine.  

Dans les quartiers, les plastiques obstruent les rigoles et caniveaux, provoquant inondations et éboulements lors des pluies. Les déchets s’accumulent dans les rues, rendant la ville insalubre et exposant les habitants à des risques sanitaires. « La biodiversité locale est également affectée, les habitats naturels se dégradent et certaines espèces fauniques et floristiques disparaissent progressivement » déplorable Ladislas Witanene.  

La gestion actuelle des déchets plastiques reste très insuffisante. Les initiatives se limitent souvent au balayage des routes, mais les déchets demeurent entassés le long des voies et dans des quartiers. 

Sur le plan sanitaire, les dangers sont multiples. Les habitants sont exposés à des maladies hydriques comme le choléra, liées à la consommation d’eau polluée. Les microplastiques ingérés par les poissons se transmettent aux consommateurs, provoquant des intoxications. Les odeurs nauséabondes des déchets stagnants et la prolifération de moustiques favorisent l’émergence de nouvelles maladies.  

Face à cette urgence, l’acteur de la société civile environnementale du Sud-kivu rappelle que des solutions réalistes existent. L’application effective des lois provinciales sur la gestion de l’environnement, une sensibilisation accrue de la population, la mise en place de dispositifs de collecte et de dépotoirs officiels, ainsi que l’implication des autorités locales et des financements adaptés sont indispensables. Les initiatives communautaires et associatives doivent également être encouragées pour réduire, recycler et valoriser les déchets plastiques.  

Bukavu se trouve à un tournant : agir dès maintenant pour endiguer la pollution plastique, ou laisser s’aggraver une crise qui menace à la fois l’environnement, la santé publique et l’avenir de la ville.

 

Par Sylvie NABINTU 

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