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Déclaration de Bukavu : investir dans la formation des enseignants pour la résilience et la paix 

Les participants à l’atelier de partage des connaissances scientifiques et de présentation des fondements du manuel de formation des enseignants en période de crise, organisé à Bukavu du 28 au 29 juillet 2026 par l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Bukavu, ont pris plusieurs engagements. Ils ont exprimé leur ferme volonté de renforcer la formation initiale des enseignants afin de préparer les futurs professionnels de l’éducation à répondre efficacement aux défis liés aux contextes de crise et de conflit. Selon eux, l’enseignant doit être formé non seulement aux savoirs disciplinaires et pédagogiques, mais aussi aux compétences nécessaires pour accompagner les apprenants dans des environnements complexes et vulnérables. Cette déclaration a été faite à l’issue des assises mercredi 29 juillet 2026.

Concernant l’intégration progressive du module, les participants se sont engagés à soutenir son adoption dans les dispositifs de formation des Instituts Supérieurs Pédagogiques du Sud-Kivu. Cette intégration devra tenir compte des réalités socioculturelles et sécuritaires locales, des besoins des futurs enseignants, des exigences de qualité académique et des orientations nationales en matière de formation.

Sur le plan du renforcement des capacités des formateurs, ils ont reconnu que la réussite de la mise à l’échelle dépend de la disponibilité de formateurs compétents et engagés. Ils encouragent ainsi la formation continue des enseignants des ISP, le développement de communautés de pratique, le partage d’expériences entre institutions et la production de ressources pédagogiques adaptées.

Pour le suivi et l’évaluation, les participants ont plaidé pour la mise en place d’un mécanisme permettant de mesurer les progrès réalisés, d’identifier les difficultés rencontrées, de documenter les bonnes pratiques et d’améliorer continuellement les stratégies de mise en œuvre. Ils ont profité de cette occasion pour lancer un appel aux autorités et aux partenaires éducatifs, nationaux et internationaux, afin d’accompagner cette initiative stratégique par un soutien institutionnel, un appui technique, une aide à la recherche et une mobilisation des ressources nécessaires.

« Nous recommandons la mise en place d’un cadre permanent de concertation entre les acteurs concernés afin de poursuivre les échanges scientifiques, le partage d’expériences et le suivi des engagements issus du présent atelier », ont-ils déclaré. L’objectif est de promouvoir une culture institutionnelle favorable à la formation des enseignants en contexte de crise, d’assurer l’intégration durable du module dans les dispositifs de formation, de stimuler la recherche sur les pratiques enseignantes en milieux difficiles, de renforcer les liens entre établissements de formation et écoles d’application, et de garantir le suivi collectif de la feuille de route adoptée. La déclaration de Bukavu traduit ainsi une conviction commune, la formation des enseignants constitue un levier essentiel de résilience, de paix et de développement durable.

« Nous considérons que préparer les enseignants à agir dans les contextes de crise et de conflit représente un investissement stratégique pour l’avenir de l’éducation au Sud-Kivu et en République démocratique du Congo. Nous appelons l’ensemble des acteurs concernés à unir leurs efforts afin de transformer les connaissances issues de la recherche en actions concrètes au service des enseignants, des apprenants et des communautés. »

Avant cette déclaration, plusieurs modules avaient été présentés, notamment celui sur la gestion et la résolution des conflits en classe, à l’école et dans ses environs, exposé par le professeur Murhega Mashanda Job. Il a insisté sur les approches de dialogue, de négociation, de médiation et de réconciliation. Concernant la médiation, il a expliqué qu’il s’agit d’une forme de négociation assistée, où un tiers impartial aide les parties à mieux se comprendre et à trouver une solution mutuellement acceptable. Le médiateur, a-t-il précisé, ne juge pas et ne prend pas parti ; il rétablit la communication et crée un climat de confiance propice à l’expression des émotions, condition essentielle pour des solutions durables.

Le docteur Amani Balibusane Philippe, chef du service de psychiatrie à l’hôpital général de Panzi, est intervenu sur la « pédagogie sans traumatisme ». Il a montré que le traumatisme bloque le développement psychique de l’enfant et affecte sa performance scolaire, troubles de mémoire, déconcentration et faible rendement compromettent l’avenir éducatif. Il a appelé les responsables des institutions à considérer l’école non seulement comme un lieu de formation, mais aussi comme un cadre de thérapie, rappelant que la province vit une situation difficile marquée par des conflits et des guerres aux lourdes répercussions sur le psychisme des élèves et étudiants.

Signalons que ces assises s’inscrivent dans le cadre du projet international consacré à la mise à l’échelle d’un module de formation initiale des enseignants en période de crise, coordonné en RDC par l’ISP Bukavu en partenariat avec l’Institute of Development Studies de l’Université de Sussex (Royaume-Uni), avec le soutien financier du Partenariat mondial pour l’éducation –Knowledge and Innovation Exchange (GPE-KIX), appuyé par le gouvernement du Canada  sous les auspices de l’Unité de recherche « Observatoire Congolais du Plurilinguisme pour l’Education et le développement ».

 

Par Sylvie NABINTU

 

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