Elève en 3e secondaire au Collège Sacré-Cœur de Kisangani (aujourd’hui Institut MAELE), il découvre Bukavu à travers les pages d’un manuel de géographie. Une image retient particulièrement son attention : la vue panoramique de Labotte. Ce jour-là, sans le savoir, une fascination naît.
Des années plus tard, cette fascination devient réalité. Il pose ses valises à Bukavu, non seulement pour enseigner la biologie moléculaire, mais aussi pour contribuer à relever les défis environnementaux de la ville.
Aujourd’hui enseignant en biologie moléculaire depuis plus de 22 ans, le Professeur ALEX LINA ne se limite pas à transmettre le savoir. À Bukavu, il s’impose comme un acteur clé de l’innovation environnementale, transformant les déchets en ressources et la science en solution concrète pour la communauté.
La science au service de la communauté
Dans un contexte urbain marqué par une gestion difficile des déchets et des défis d’assainissement, certains choisissent de rester en retrait. Le Professeur ALEX LINA, lui, a fait un autre choix : celui de l’action.
« Les problèmes de la communauté sont aussi des problèmes des scientifiques », affirme-t-il.
Cette conviction l’a conduit à participer à l’élaboration du premier plan stratégique de gestion de boue de vidange de Bukavu, une étape importante dans l’organisation du secteur de l’assainissement de la ville.
Un parcours académique solide et engagé
Né à Basoko, dans la province de la Tshopo, ALEX LINA construit un parcours académique remarquable.
Après une licence en biologie à l’Université de Kisangani, il obtient en 2006 un diplôme d’études supérieures spécialisées à l’Université du Burundi, avant de décrocher son doctorat en 2016 à l’Université de Liège, en Belgique.
Son engagement dans l’enseignement remonte à 1991, alors qu’il est encore étudiant. Depuis, il n’a cessé d’évoluer dans le milieu académique : assistant, chef de travaux, professeur associé, puis professeur. « J’étais étudiant et enseignant en même temps. J’ai même donné cours à l’école primaire », se souvient-il avec un sourire.
Bukavu, un rêve devenu réalité
Son attachement à Bukavu ne relève pas du hasard. À Kisangani, ville cosmopolite, il se lie d’amitié avec un élève originaire de Kamisimbi, Altor Musema Bahizirhe
Ce lien devient presque symbolique, « Chaque fois qu’il rentrait à Bukavu, je lui demandais de m’apporter un peu d’eau du lac Kivu dans un flacon de pénicilline, juste pour la toucher.
C’est ainsi que j’ai commencé à aimer Bukavu », raconte-t-il. Ce geste, presque symbolique, témoigne d’un attachement profond à une ville qu’il ne connaissait pas encore, mais qu’il allait un jour contribuer à transformer.
Transformer les déchets en opportunités : le pari réussi du professeur Alex LINA
Arrivé à Bukavu en 2002 comme assistant au Centre Universitaire de Bukavu (aujourd’hui Université Officielle de Bukavu), il développe progressivement une conviction : la science doit servir la société.
Parmi ses réalisations majeures : la valorisation des déchets solides. À Kabare, notamment autour du Parc National de Kahuzi-Biega, il met en place des initiatives de culture de champignons à partir des déchets, en collaboration avec les communautés locales, les peuples autochtones. « Nous avons produit en grande quantité, au point que des supermarchés de Bukavu venaient s’approvisionner chez nous », explique-t-il.
Son engagement ne s’arrête pas là. À Cituzo, dans le territoire de Kabare, il pilote un projet de production de compost à partir des déchets des marchés.
Résultat : plus de 10 tonnes de compost de haute qualité agronomique déjà produites.
L’objectif est double : améliorer la fertilité des sols et soutenir l’agriculture locale
Et les perspectives sont ambitieuses : pour l’année 2026, son équipe prévoit de produire plus de 270 tonnes de compost. Le Professeur ALEX LINA s’illustre également dans d’autres domaines. C’est notamment l’amélioration de la qualité de l’eau à Jomba et Kibumba mais aussi la promotion de l’utilisation des urines comme engrais naturel, expérimentée à Bunia en Ituri.Des initiatives qui s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire et de durabilité.
Une vision pour l’avenir de Bukavu
Avec plus de 30 publications scientifiques à son actif, il met son expertise en microbiologie au service de solutions adaptées au contexte local.
Pour lui, le potentiel est immense, « Bukavu produit plus de 890 tonnes de déchets solides, dont près de la moitié sont organiques. Avec ces déchets, on peut produire du compost, nourrir les sols, créer de la richesse et même de l’énergie »
Il appelle ainsi à une mobilisation collective : tri des déchets à la source, implication des citoyens et engagement des autorités dans la création d’infrastructures adaptées (décharges publiques et centres d’enfouissement). « Nous n’avons pas besoin d’attendre des solutions de l’extérieur. Nous pouvons les créer ici », insiste-t-il.
Du rêve né dans un livre à l’action concrète sur le terrain, le parcours du Professeur ALEX LINA illustre la puissance de l’engagement individuel au service du collectif.
À Bukavu, il ne se contente pas d’enseigner la science. Il la met au service de la vie, transformant les déchets en opportunités et les défis en solutions durables.
Avec TERRA NOVA




