Environnement

Journée mondiale du gorille : une espèce menacée qui renaît dans les Virunga

Célébrée chaque 24 septembre, la Journée mondiale du gorille est l’occasion de sensibiliser le public à la protection de ces grands singes menacés d’extinction. La date marque l’anniversaire de la création du Centre de recherche de Karisoke par la primatologue Dian Fossey, qui a voué sa vie à la sauvegarde des gorilles de montagne.

Aujourd’hui encore, les gorilles font face à de multiples menaces entre autres le braconnage, le trafic illégal, maladies et perte de leur habitat naturel due à la déforestation. Pourtant, ces véritables jardiniers des forêts tropicales jouent un rôle clé. En dispersant les graines des fruits qu’ils consomment, ils participent activement à la régénération des forêts du bassin du Congo.

Grâce aux efforts constants des écogardes et des communautés locales, la tendance s’inverse et la population de gorilles de montagne est en augmentation. Le Parc National des Virunga, qui a fêté ses cent ans en 2025, en est la parfaite illustration.

Il abrite à lui seul près d’un tiers de cette sous-espèce. Les statistiques récentes de natalité témoignent d’une dynamique de reproduction très encourageante et de l’efficacité des patrouilles de conservation, malgré un contexte sécuritaire complexe. Depuis le début de l’année 2026, le Parc a déjà enregistré 11 naissances, contre huit en 2025 et dix en 2024.

Fait exceptionnel, deux paires de jumeaux sont nées depuis janvier. Un phénomène rare, estimé à seulement 1% chez les gorilles. La première naissance gémellaire a eu lieu en janvier 2026 au sein de la famille Bageni. La femelle Mafuko a donné naissance à deux mâles, baptisés Uzima et Uiti. Avec 60 individus, Bageni devient ainsi le plus grand groupe de gorilles du parc.

En mars, une seconde paire de jumeaux, un mâle et une femelle, a vu le jour dans la famille Baraka. Grâce à ce rythme soutenu, la population globale de gorilles de montagne à l’échelle du massif des Virunga, partagé entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, dépasse désormais les 1 000 individus, contre à peine 350 dans les années 1980.

La partie congolaise en abrite à elle seule environ 350, suivis de très près par les écogardes. Au Rwanda, cette renaissance est célébrée en grande pompe. Lors de la 21e édition du Kwita Izina, la cérémonie d’attribution des noms aux bébés gorilles, tenue le 4 septembre 2026 à Kinigi au pied du Parc National des Volcans, 22 bébés nés au cours de l’année écoulée ont reçu un nom. Depuis son lancement en 2005, 460 nouveau-nés ont déjà été baptisés. Le Kwita Izina puise ses racines dans la culture ancestrale rwandaise. Autrefois, la naissance d’un enfant donnait lieu à une cérémonie familiale majeure, « Gusiga izina » ou « Ukunywa Amata » (boire du lait). Huit jours après la naissance, famille, amis et voisins se réunissaient pour célébrer la mère et l’enfant et lui attribuer un nom, officialisant ainsi son existence sociale. En 2005, le gouvernement rwandais a transposé ce rituel aux gorilles.

Au-delà de l’outil de marketing touristique, le symbole est fort, élever ces grands singes au rang de membres à part entière du patrimoine national. Chaque nom permet aux écogardes, scientifiques et vétérinaires de suivre l’arbre généalogique, le comportement et la santé de chaque individu. En ancrant la conservation dans une tradition respectée, l’événement permet aux communautés locales de s’approprier la protection des gorilles, perçus comme des voisins précieux.

Au Rwanda, cet attachement est aussi économique. Grâce au mécanisme de partage des revenus (Tourism Revenue Sharing), 10% des recettes générées par les parcs nationaux, notamment la vente des permis de visite des gorilles, financent des projets locaux, écoles, centres de santé, adduction d’eau, routes, coopératives agricoles et artisanat. 5% supplémentaires sont dédiés à un fonds de gestion des conflits homme-faune pour indemniser les cultures endommagées.

Dans le Parc National des Virunga, en RDC, pas de cérémonie internationale. L’insécurité  dans l’Est du pays, marquée par l’activisme des groupes armés, ne permet pas d’organiser des événements de masse dans le secteur Mikeno où vivent les gorilles. Ici, les naissances sont célébrées avec sobriété directement sur le terrain par les éco gardes et les pisteurs communautaires. Après environ deux mois d’observation, ils attribuent eux-mêmes aux nouveau-nés des noms porteurs de sens et d’espoir.

 

De Tuver W

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