Société

Bukavu : l’ISP Bukavu donne la parole aux enseignants retraités pour comprendre la crise de la profession

Mobiliser, documenter et confronter les connaissances et les expériences des enseignants retraités et de ceux proches de la retraite : tel était l’objectif de la journée de mobilisation des connaissances et de recherche participative organisée le 5 octobre 2026 à Bukavu par le projet « Les facteurs déterminants du bien-être et de la rétention des enseignants en période de crise et de déplacement prolongés », en collaboration avec l’Association des Enseignants Retraités du Sud-Kivu (AERSKI). Le projet est mis en œuvre par l’Institute of Development Studies (IDS), en partenariat avec l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu (ISP Bukavu).

L’activité s’est tenue dans le cadre de la Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque année le 5 octobre pour rendre hommage au personnel enseignant à travers le monde. Instituée en 1994 par l’UNESCO, cette journée commémore l’adoption, en 1966, de la Recommandation conjointe de l’OIT et de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant. Elle constitue notamment une occasion de sensibiliser le public au rôle essentiel des enseignants dans la société et de réfléchir à l’amélioration de leurs conditions de travail, de formation et de vie.

Valoriser l’expérience et les savoirs des enseignants retraités

Pour le Professeur Samuel Matabishi Namashunju, Co-Lead du projet, cette activité constitue avant tout un espace de reconnaissance et de valorisation de l’expertise accumulée par les enseignants au cours de leur carrière. « Il s’agit de valoriser l’expérience des enseignants retraités et de les reconnaître comme de véritables acteurs et détenteurs de savoirs, capables de contribuer à la compréhension des enjeux actuels de la profession enseignante », a-t-il souligné.

Le Professeur Matabishi a également précisé que cette rencontre constituait une activité pilote de mobilisation et d’appropriation des connaissances produites par le projet auprès des principaux acteurs concernés. «Les témoignages recueillis permettront de confirmer, de nuancer ou de remettre en question certaines données issues de l’enquête menée dans le cadre du projet », a-t-il ajouté.

Des départs à la retraite mal préparés et souvent mal vécus

Les échanges ont fait ressortir les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les enseignants éligibles à la retraite ainsi que ceux qui sont déjà retraités. Parmi les principales préoccupations évoquées figurent notamment le manque d’information et d’accompagnement dans la constitution des dossiers de retraite, les difficultés liées au départ effectif de la profession, ainsi que la faiblesse et l’irrégularité des pensions de retraite. « Certains arrivent un matin à l’école et on leur dit : vous êtes déjà éligibles à la retraite, vous ne pouvez plus enseigner », témoigne un participant.

Pour plusieurs intervenants, une telle manière de procéder peut avoir des conséquences psychologiques importantes. Lorsque la retraite est annoncée sans préparation ni accompagnement, elle peut être vécue comme une rupture brutale avec la profession, les collègues et un environnement de travail dans lequel l’enseignant a parfois évolué pendant plusieurs décennies.

Abordant cette dimension, le Professeur Murhega Mashanda a souligné que les conditions de travail des enseignants proches de la retraite et les conditions de vie des retraités peuvent avoir des répercussions importantes sur leur bien-être psychologique. Parmi les difficultés évoquées figurent notamment le stress chronique, les problèmes de logement et de santé, les troubles du sommeil, la baisse de l’estime de soi, la perte de la joie de vivre et, dans certains cas, la dépression.

Des droits qui restent difficiles à faire valoir

Au-delà des conditions de départ à la retraite, les participants ont également insisté sur la nécessité de mieux garantir les droits des enseignants retraités. Ils ont notamment évoqué le paiement de l’indemnité de sortie, le versement régulier et garanti de la pension de retraite, ainsi que la protection et la prise en charge des ayants droit après le décès de l’enseignant. Pour les participants, ces difficultés ne concernent donc pas uniquement les retraités. Elles ont également des conséquences sur l’attractivité de la profession enseignante et sur la volonté des générations plus jeunes de s’y engager et d’y rester.

Une retraite mal préparée peut-elle affecter la rétention des enseignants ?

Les témoignages recueillis au cours de cette journée mettent ainsi en évidence un lien important entre les conditions de fin de carrière, le bien-être des enseignants et la rétention dans la profession. Certains participants estiment que la précarité persistante des conditions de travail et de retraite pourrait, à terme, contribuer à une pénurie d’enseignants dans l’enseignement primaire au Sud-Kivu. La perspective d’une carrière marquée par l’incertitude, à laquelle s’ajoutent les difficultés rencontrées au moment de la retraite, pourrait en effet décourager certains jeunes de s’engager durablement dans la profession enseignante.

La réflexion sur la retraite apparaît dès lors comme une composante importante des politiques visant à améliorer le bien-être, la motivation et la rétention des enseignants. La journée de mobilisation des connaissances et de recherche participative aura ainsi permis de mettre en dialogue l’expérience des enseignants retraités, les préoccupations de ceux qui approchent de la fin de leur carrière et les résultats de la recherche. L’activité s’est tenue dans la grande salle de l’Institut Tumaini, dans la commune d’Ibanda, à Bukavu.

 

La Rédaction

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