Santé

1,1 milliard de jeunes menacés : l’OMS alerte sur le danger mortel des écouteurs à fond

C’est devenu le geste le plus banal de notre quotidien. On se réveille avec, on prend le bus avec, on travaille et même on s’endort avec. Les écouteurs ne quittent plus nos oreilles. Toute une génération vit en mode casque vissé, volume à fond. Derrière ce plaisir, l’Organisation Mondiale de la Santé tire la sonnette d’alarme. Plus d’un milliard cent millions de jeunes entre 12 et 35 ans risquent aujourd’hui une perte auditive irréversible à cause de leurs pratiques d’écoute. Ce n’est plus une hypothèse, c’est une épidémie silencieuse qui avance.

Pour comprendre le danger, il faut entrer à l’intérieur de l’oreille. L’oreille interne abrite environ quinze mille cellules ciliées minuscules, fragiles et précieuses. Ce sont elles qui transforment le son en signal pour le cerveau. Leur particularité dramatique est qu’elles ne se régénèrent jamais. Une fois détruites, c’est pour toujours. Quand vous écoutez votre musique à plein volume, vous ne profitez pas simplement plus fort, vous assassinez littéralement ces cellules par centaines. Un téléphone portable avec des écouteurs intra-auriculaires à pleine puissance peut délivrer jusqu’à 110 décibels directement dans le conduit auditif. C’est l’équivalent du bruit d’une tronçonneuse à un mètre de votre tête. Le seuil de danger selon l’OMS est de 85 décibels pendant plus de huit heures, mais à 100 décibels, quinze minutes suffisent à provoquer des lésions. La plupart des jeunes dépassent ce seuil tous les jours sans le savoir.

La première conséquence n’est pas que vous devenez sourd du jour au lendemain. Elle est plus sournoise. Elle commence par ce petit sifflement le soir quand vous retirez vos écouteurs, ce bourdonnement permanent dans le silence de la nuit. On appelle cela un acouphène. Il est le cri d’agonie de vos cellules ciliées. Au début il part, puis il revient, puis il ne part plus jamais. Il n’existe à ce jour aucun traitement pour le faire disparaître. Trente pour cent des gros utilisateurs d’écouteurs en souffrent déjà avant l’âge de vingt-cinq ans. Vient ensuite l’hyperacousie, un paradoxe cruel. A force d’avoir été agressé par des sons trop forts, le cerveau devient intolérant aux bruits normaux du quotidien. Un klaxon, une porte qui claque, une voix un peu forte deviennent physiquement douloureux.

Il y a aussi ce que les médecins ORL voient désormais tous les jours dans leurs cabinets. Garder des écouteurs enfoncés pendant six, huit ou dix heures crée dans l’oreille un milieu chaud, humide, sombre et fermé, idéal pour les microbes. Le cérumen, qui doit normalement s’évacuer naturellement, est tassé au fond du conduit et forme un bouchon qui bouche l’audition. Les otites externes, les démangeaisons, les mycoses et les infections à répétition explosent. On appelle même cela l’oreille du nageur chez des personnes qui ne se sont jamais baignées. Et ce geste si courant de prêter ses écouteurs à un ami revient à échanger près de quatre-vingt pour cent de sa flore bactérienne auriculaire.

Le cerveau lui-même paie un lourd tribut. Beaucoup s’endorment chaque nuit avec de la musique ou une série pour ne pas se sentir seuls. Or le cerveau a besoin de silence pour atteindre le sommeil profond et réparateur. Avec un son continu, même à bas volume, il reste en alerte. Vous dormez huit heures mais vous vous réveillez épuisé, irritable, incapable de vous concentrer. A long terme s’installent une fatigue chronique, de l’anxiété et une véritable dépendance au bruit pour trouver le sommeil. Sans écouteurs, dormir devient impossible.

Enfin il y a le danger le plus immédiat et le plus mortel. Marcher dans les rues de Bukavu avec le volume à fond, c’est se couper du monde réel. On n’entend plus la moto qui arrive par derrière, le frein d’un bus, un appel au secours. La distraction auditive est aujourd’hui une cause majeure d’accidents chez les jeunes piétons, aussi dangereuse que de conduire en regardant son téléphone.

Il ne s’agit pas d’arrêter d’écouter de la musique, la musique est une source de vie. Il s’agit d’apprendre à l’écouter sans se détruire. La règle que tous les spécialistes recommandent est simple et s’appelle la règle des soixante. Ne dépassez jamais soixante pour cent du volume maximum de votre appareil et ne portez jamais vos écouteurs plus de soixante minutes d’affilée sans faire une pause de dix minutes à l’air libre. Si vous avez le choix, préférez toujours un casque qui englobe l’oreille plutôt que des petits embouts qui s’enfoncent à l’intérieur, il est trois fois moins agressif. Ne dormez jamais avec vos écouteurs, utilisez plutôt un petit haut-parleur posé à distance. Nettoyez vos embouts deux fois par semaine avec de l’alcool et surtout, apprenez à activer le limiteur de volume dans les paramètres de votre téléphone. C’est une fonction qui existe sur tous les appareils récents.

Vos oreilles n’ont pas de paupières, elles ne peuvent pas se fermer pour se protéger. C’est à vous de le faire pour elles. Le plaisir d’aujourd’hui ne doit pas devenir le handicap de demain. Dans dix ans, vous voudrez encore entendre la voix de votre mère, le rire de vos enfants et le clapotis du lac Kivu le matin. Ce soir, baissez simplement le son d’un cran. Vos oreilles vous remercieront toute votre vie. 

 

Redaction Centrale

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