Dans le cadre du Mois Vert, mois de plaidoyer et de sensibilisation initié par la Coopération Suisse pour une Bukavu plus verte, l’Université Évangélique en Afrique (UEA) a organisé mercredi 18 mars 2026 une conférence-débat sur le thème « Gestion des déchets à Bukavu : approches innovantes et durables ». L’événement a rassemblé étudiants, professeurs, leaders religieux, organisations de la société civile et élèves, tous engagés dans la réflexion sur l’avenir environnemental de la ville.
Dans son allocution, la rectrice de l’UEA, Professeure Ngongo Fatuma, a insisté sur l’importance de ce cadre de dialogue. « Il est essentiel que tous les acteurs scientifiques, décideurs publics, organisations de la société civile, églises, femmes, jeunes et chaque citoyen puissent ensemble promouvoir des pratiques responsables, améliorer la salubrité et contribuer au bien-être de la population », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que la gestion des déchets urbains constitue aujourd’hui un défi majeur pour la République Démocratique du Congo, et particulièrement pour Bukavu, où l’accumulation des ordures, notamment plastiques, menace la santé humaine et les écosystèmes. Jadis surnommée « la Suisse du Congo », la ville fait désormais face à une dégradation préoccupante de son environnement.
Les données mondiales illustrent l’ampleur du problème : la production de déchets était estimée à 2 milliards de tonnes en 2023 et pourrait atteindre 3,5 milliards en 2025. En Afrique, 125 millions de tonnes sont produites chaque année, mais moins de la moitié sont correctement gérées. La RDC n’échappe pas à cette réalité. À Kinshasa, par exemple, près de 8 000 tonnes de déchets sont générées chaque jour, soit environ 3 millions de tonnes par an, dont seulement 14 % sont collectées.
Le Professeur Nabintu Ndusha, intervenant sur le développement des biofertilisants, a montré que la valorisation des déchets organiques représente une opportunité majeure pour l’assainissement et la création d’emplois. Les biofertilisants, enrichis en micro-organismes bénéfiques tels que le Rhizobium et les mycorhizes, offrent une alternative écologique et abordable aux engrais chimiques. Une étude citée a révélé que leur utilisation peut augmenter le rendement agricole de plus de 50 % par rapport aux engrais classiques, tout en améliorant la qualité des sols et en réduisant les impacts environnementaux.
L’accumulation des déchets, a rappelé l’oratrice favorise la propagation de maladies telles que le paludisme, la typhoïde, le choléra, la dengue ou encore l’hépatite. En Afrique, près de 23 % des maladies à transmission vectorielle et diarrhéique sont liées à des facteurs environnementaux. La valorisation des déchets organiques apparaît donc comme une solution stratégique pour la santé publique et le développement durable.
Présent à la conférence, le directeur du bureau de la Coopération Suisse en RDC, Thomas Jenatsch, a salué les efforts des institutions et de la société civile. « Le Mois Vert est un effort collectif qui regroupe les énergies de tous les citoyens de Bukavu soucieux de l’état de leur environnement et désireux de freiner sa dégradation par des actions concrètes », a-t-il affirmé.
Il a également souligné le rôle clé des universités, et particulièrement de l’UEA, dans le développement de solutions scientifiques et technologiques. « La protection de l’environnement ne doit pas seulement être impulsée par notre volonté ou nos émotions, elle doit se baser sur des constats scientifiques et des propositions technologiques. Les universités de Bukavu sont donc des acteurs essentiels dans cette réflexion », a-t-il conclu.
Par Sylvie NABINTU




